Après trois ans d’occupation, le squat géant du Val-de-Marne a été évacué, hier. 508 personnes ont été expulsées. 49 sans-papiers ont été interpellés.
Attendre. Au milieu des sacs, des valises mal fermées et des affaires entassées. Attendre. Les habitants du « plus grand squat de France », à Cachan, ne faisaient plus que ça. La nuit de mercredi à jeudi n’avait été qu’une longue veillée. Associations et squatters sentaient venir le délogement. Passé 7 h, hier, chacun pensait le coup passé. « Ils ont attendu que les hommes partent au travail pour en profiter. » Sindou Fofana est demandeur d’asile, comme les deux tiers des sans-papiers du bâtiment. Il ne craignait plus l’expulsion pour ce matin.
Pourtant, vers 9 h, ce jeudi, près de mille personnes – CRS, policiers, pompiers et personnels de la Croix-Rouge – encerclent puis investissent le bâtiment pour une évacuation dans le calme. Les rues adjacentes sont bloquées. La ville de la banlieue sud se met en état de siège. Et attend, elle aussi.
Pour les compter, les policiers enferment les résidents dans leur logement. 300 ex-chambres étudiantes de neuf mètres carrés, dans cette barre vétuste de cinq étages. Certains vivent là depuis trois ans, confinés jusqu’à cinq personnes par pièce.
Un à un, les « Mille » commencent à quitter les chambres, passent les barrières et se font enregistrer auprès des postes de la Croix-Rouge. Contrôles d’identités. Ceux en situation régulière sont invités à monter à bord d’autocars pour être emmenés dans des hôtels. Les autres risquent la reconduite aux frontières.
Amiante et risque d’incendie
Le 14 avril 2004, le tribunal administratif de Melun avait ordonné l’évacuation des lieux. Le bâtiment F de la cité universitaire de Cachan était insalubre. Mais, depuis décembre 2004, l’opération patinait. Les négociations avaient repris en janvier 2006, avec l’arrivée d’un nouveau préfet, Bernard Tomasini. Aucun accord n’avait été trouvé. C’est finalement le recteur de l’académie de Créteil, propriétaire des lieux par l’intermédiaire du Centre régional des oeuvres universitaire (Crous), qui a pris la décision. Pour des raisons de sécurité. Le préfet insiste aussi « sur un risque majeur » en matière de sécurité incendie et sanitaire pesant sur le bâtiment amianté.
Mais squatters et associations refusent l’argument. Dans l’après-midi, le ton monte à Cachan. On attend toujours. D’un côté ou de l’autre de la barrière. Car, à l’intérieur du bâtiment, des femmes et des enfants n’ont pas tous évacué les lieux. Des jets de bouteilles et de barres de céréales, distribuées par la Croix-Rouge, traversent les fenêtres. Quelques cris. Dehors, la foule scande sa solidarité. Et le mot est lâché : « Ce n’est pas une évacuation. C’est une rafle », s’emporte Stéphane Colaneaux, porte-parole du Parti communiste du Val-de-Marne.
Quatre premiers cars sont partis avant que le processus ne s’enraye. Fin d’après-midi, plus personne ne veut monter dans les bus. « Ils nous proposent d’aller à l’hôtel, mais on sera viré dans quelques jours et il faudra trouver un autre toit », s’inquiète Mamadou, un Malien de 41 ans.
Dans la soirée, 49 personnes en situation irrégulière avaient été interpellées. Une centaine de squatters refusaient de s’éloigner des bâtiments. « C’est honteux d’être traités ainsi, lance Fidèle Nitiema, délégué des habitants. On ne bougera pas tant que l’on ne nous proposera pas de régularisation et une solution valable de logement. » Sous la pluie battante, un campement était monté près des lieux d’évacuation. Pour ceux qui, encore une fois, étaient bien décidés à attendre.
Tiphaine RETO © Ouest France
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