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La radio LFM met les femmes à l’antenne

Mardi, novembre 3rd, 2009

Rémy s’excusait presque
, hier, pour les cernes qui lui marquaient le visage : « On travaille d’arrache-pied pour que tout soit parfait au lancement de la radio. » LFM, nouvelle station lovée entre les barres de Mantes-la-Jolie (Yvelines), émet depuis samedi sur le 95.5 FM. Aux murs de la régie, quelques vinyles font office de première déco. Six salariés et vingt-cinq bénévoles gravitent entre régie et studio pour animer les ondes.

La bande musicale tourne paisiblement sur les ondes. Mais Rémy Serero, le jeune technicien, ne peut s’empêcher de monter régulièrement le volume des baffles pour vérifier qu’aucun problème technique ne vient perturber ces débuts. « Pour la couleur musicale de l’antenne, j’ai voulu créer quelque chose de très varié mêlant groove, pop anglaise et jeunes talents locaux. » Une programmation musicale, comme la station, loin de tout cliché. « On est en banlieue, mais on ne veut pas d’une étiquette rap violent, explique le fondateur Lahbib Eddaouidi. On est une radio qui veut faire entendre la voix des femmes, mais on ne veut pas faire du Ni putes ni soumises. »

En studio, la comédienne Aïcha Ameddah lance des blagues et entame un mouvement de danse. Un moyen de mettre à l’aise les membres de l’association En avant les filles, invitées de l’émission « Projecteur ». « En banlieue, on montre les mecs qui réussissent. Les femmes n’osent pas dire quand elles font des choses, explique-t-elle. J’avais envie de leur donner la parole pour qu’elles prennent confiance en elles. » Mais pas question pour autant de mettre de côté les hommes. « L’objectif est aussi de montrer qu’il y a plein de possibilités culturelles dans le département. On veut aider les gens à s’y retrouver chez eux. »

Même avis pour la journaliste Meriem Alaoui. Casque vissé sur la tête, elle ajuste ses corrections au reportage diffusé aujourd’hui dans son émission « Mag. Emploi ». Sujet du jour : le RSA. Rien à voir avec un sujet ultra-féminin. « Il faut du concret et du local, détaille-t-elle. Les gens sont attachés à ce qui se passe ici. » En témoigne le soutien appuyé des artistes, des sportifs et autres acteurs locaux à la radio. « Notre réseau a fonctionné pour nous aider, tant dans l’achat de matériel que pour nous faire connaître », affirme Lahbib Eddaouidi. Ouvert samedi dernier, le site de la radio a déjà reçu 2 700 visites. En régie, Rémy lance un jingle, et sourit fièrement : « On a tous fait naître un bébé. A nous maintenant de le faire grandir. »

Tiphaine Réto © 20minutes-Rubrique Grand Paris

Lancement d’Europe 1 Sport

Lundi, juin 30th, 2008

Depuis le 2 juin, la nouvelle radio du groupe Lagardère émet en région parisienne sur 99,9 FM.

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Quelques fils électriques traînent encore au sol. Les bureaux ne sont pas encore tout à fait attribués et on s’installe parfois où l’on peut pour répéter avant la prise d’antenne. Mais dans le studio flambant neuf, le signal « On Air » est allumé.

Depuis le 2 juin, 5 h 58, Europe 1 Sport occupe les ondes. « Ça a été une opération commando pour démarrer dans les temps », reconnaît Olivier Beneuf, directeur général de la station. Trois semaines pour reprendre la fréquence de Sport Mx, détenue par le groupe Contact, et mettre sur pied la petite soeur d’Europe 1, une station entièrement dédiée au sport. « Europe 1 a toujours parié sur le sport, rappelle Olivier Beneuf. En 1996, c’était la première à faire une grosse émission sportive, avec Eugène Saccomano. » Objectif : créer, sur cette radio francilienne, un nouveau ton « plus convivial et moins péremptoire » pour parler de tous les sports.

La pression est palpable aux portes du studio. Pierre Fulla et Isabelle Severino révisent leurs fiches en tirant sur leurs cigarettes. L’ancien champion d’haltérophilie, commentateur sportif de longue date sur France 2, et la jeune championne de gymnastique présentent en tandem la « Fulla Academy », du lundi au vendredi, de 13 heures à 16 heures. « Pour la première émission, j’étais tellement stressée que mon cerveau surchauffait, sourit Isabelle Severino. On aurait dit le circuit de Magnicourt ! »

« Du ton à adopter au micro à la manière de conduire nos conférences de rédaction, on a tout à inventer », explique Manon Calais, 23 ans, l’une des douze journalistes d’Europe 1 Sport. A la rédaction comme à la réalisation, les équipes sont jeunes. Derrière les micros, les voix rodées de dix animateurs plus expérimentés assurent la crédibilité de la nouvelle antenne. « Les temps dorés de la FM sont derrière nous. Créer une nouvelle radio, il fallait oser », reconnaît Bruno Roger-Petit, qui tient la tranche du « 9-13 » de la semaine.

Avec une grande soeur comme Europe 1, il est certes plus facile de se faire rapidement une place sur les ondes. D’autant plus que si la station 100 % sport se veut indépendante de la généraliste, les deux radios devraient se compléter dans les programmes sportifs et dans les équipes de terrain. « Dans un premier temps, c’est en étant adossé à Europe 1 qu’on va se nourrir, reconnaît Olivier Beneuf, mais je pense qu’on arrivera très vite à lui renvoyer la pareille. »

Ciblant un public plus jeune, Europe 1 Sport sert aussi de laboratoire au groupe Lagardère en attendant la prochaine bataille de la radio numérique, début 2009. Un créneau sur lequel la nouvelle déclinaison d’Europe 1 sera en concurrence avec RTL (associée au quotidien L’Equipe) et avec RMC Info.

Tiphaine Réto, © Le Monde – Publié le 02/07/2008

Interview de Thierry Clopeau, directeur des sports des antennes d’Europe 1.

« Europe 1 Sport sera notre fer de lance pour la radio numérique »

Quelle est votre ambition pour Europe 1 Sport ?

Nous voulons être le France Info du sport… en moins chiant. Notre colonne vertébrale reste l’information, avec des flashs sportifs toutes les 15 minutes. L’info doit y être sérieuse. Mais le sport est avant tout un spectacle et doit garder un côté ludique. C’est pour ça qu’une grande place est donnée aux talk-shows. Il faut qu’Europe 1 Sport soit populaire, de qualité, mais jamais populiste.

Comment imposer cette identité dans le paysage radiophonique ?

Il faut lui faire incarner le sport. C’est pour ça que nous avons mis à l’antenne des têtes d’affiche tel que Max, Bruno Roger-Petit ou Didier Roustan, et des sportifs, comme Pierre Fulla (ancien champion de France d’haltérophilie) et Isabelle Severino (championne de France et d’Europe de gymnastique) ! Ce sont eux qui connaissent le sport de l’intérieur. Ce sont eux qui donneront du corps à l’antenne.

Europe 1 Sport est aujourd’hui sur une fréquence locale, uniquement francilienne (99.9). Comment envisagez-vous l’avenir ?

Nous n’avions pas envie de n’avoir qu’une radio web comme RTL-L’équipe. Cette fréquence locale nous donne quand même un potentiel de 20 millions d’auditeurs sur le bassin parisien. Ce n’est pas à négliger. Mais l’objectif du groupe Lagardère est de faire d’Europe 1 Sport le fer de lance de la future radio numérique. Nous participerons, en octobre à l’appel d’offre des 19 villes candidates au numérique. Nous ne serons sans doute pas les seuls et, alors que nous ne sommes aujourd’hui que des challengers face, notamment, à RMC, c’est là que commencera la vraie concurrence entre radios sportives.

Recueillis par T.R.

Les enfants, des auditeurs exigeants

Lundi, mai 5th, 2008

La télévision leur consacre des chaînes entières. La presse leur crée des magazines. L’édition leur conçoit des livres. Tour d’horizon des derniers bastions des émissions enfants sur les radios généralistes.

Pour elles, il s’agit d’une évidence. « Faire des émissions pour enfants, c’est donner le meilleur. » Noëlle Breham sur France Inter, Dominique Boutel sur France Musique et Aline Pailler sur France Culture. Trois femmes, trois styles, trois émissions, mais une même envie : inclure les plus petits dans le monde des radios généralistes.

Difficile de mesurer l’impact de leur travail. La part d’audience des moins de 13 ans n’est pas mesurée par Médiamétrie. « Il ne faut pas rêver, reconnaît Noëlle Breham. Les enfants n’écoutent la radio que parce que leurs parents l’écoutent. » Son émission, « Les P’tits Bateaux », qui fait intervenir des spécialistes pour répondre aux questions des jeunes auditeurs, enregistre pourtant un taux d’écoute impressionnant. Diffusée le dimanche soir, de 19h30 à 20h, son audience jusqu’en décembre 2007 dépassait celles de RTL, Énergie et Europe 1 réunies.

Une curiosité insatiable

Un succès qui se travaille en amont. « Nous recevons plus de cent questions par semaine. Pour chaque réponse nous cherchons toujours la personne qui fait référence dans son domaine. Les enfants sont en formation intellectuelle : il faut à tout niveau leur donner de la grande qualité. » Pour autant peut-on parler de tout avec les plus petits ? « Évidemment, rétorque Dominique Boutel. Les enfants ont justement une curiosité insatiable. Ils sont sans a priori culturel et n’ont jamais peur de s’interroger. » Avec « Keske », diffusé chaque mercredi à 13h15, la productrice accompagne les jeunes dans leur découverte de tous les types de musique. Et pas question pour elle de les considérer avec hauteur : « Cela ne sert à rien de parler bébé. Les enfants parlent notre langue. Pour conserver l’attention des petits, ce qui compte c’est le rythme. » Même secret pour « Les P’tits bateaux » : les émissions se morcellent en discussions de trois minutes, les sujets varient et les intervenants se succèdent.

Pour Aline Pailler, qui présente « Jusqu’à la lune et retour », chaque samedi, de 18h30 à 19h sur France Culture, la question est moins cruciale. L’émission s’adresse aux parents pour les guider dans le monde de la littérature enfantine. La productrice rêverait pourtant de consacrer un programme entier à la jeunesse. « J’ai même participé à un projet de création de radio associative pour les enfants. Mais l’aventure a capoté avant d’arriver à terme. » En cause : un refus du CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) d’octroyer une fréquence à ce projet non-commercial. « De toutes façons, créer une radio pour enfant, qui place la pédagogie, la poésie et l’éveil au cœur de l’écoute, cela ne peut venir que d’une volonté publique, reprend Aline Pailler. Reste à savoir si cette volonté existe… »

Tiphaine Réto © Le Monde – Publié le 02/07/2008

« Il a fallu se battre pour imposer la fiction pour enfants »

Lundi, mai 5th, 2008

« La fiction radiophonique pour enfant est un espace de création illimité. » Françoise Gerbaulet sait de quoi elle parle. Auteure de pièces pour la jeunesse, elle a longtemps écrit pour la tranche des fictions enfantines de France Culture. Aujourd’hui vice-présidente aux affaires radiophoniques de la Société des gens de lettres, elle continue de défendre ce genre. « A l’heure du tout image, qu’y a t-il de mieux pour libérer l’imaginaire des jeunes que de leur raconter des histoires ? »

Raconter des histoires, c’est la fierté historique de France Culture. Sur sept heures de programmes de fiction par semaine, la chaîne alloue une demi-heure de création pour le « jeune public », chaque dimanche, de 17h30 à 18h, avec Enfantines. « Il a fallu se battre pour introduire une forme dramatique pour enfants», se souvient Nelly Lenormand, instigatrice des premiers programmes du genre. Si dès 1988, Alain Trutat, cofondateur de France Culture, se laisse tenter par un ensemble d’émissions à destination des plus jeunes, il faut attendre 1992 pour que les mythiques Histoires du Pince-Oreille s’imposent sur les ondes. L’émission changera plusieurs fois de noms et d’objectifs, oscillant entre le tout imaginaire et le très pédagogique, mais la fiction pour enfant est née. Et souhaite se revendiquer.

« Les dramatiques sont un vrai vivier d’auteurs », reprend Françoise Gerbaulet. De Jean-Claude Grumberg à Georges Moustaki, de grandes plumes se sont confrontées au genre, y faisant même, comme Fabrice Melquiot, leurs premiers pas d’écrivains. « En moyenne, une vingtaine de personnes écrivent chaque année pour Enfantines, résume Caroline Ouazana, conseillère littéraire de l’émission. Notre envie est de varier au maximum les écritures pour ne jamais installer l’auditeur dans une habitude et pour lui faire découvrir le plus d’univers possible. »

Mais avec une demi-heure par semaine, la fiction pour enfants peut-elle vraiment s’imposer ? Hormis France Culture, les radios ont cédé très rapidement le genre à la télévision. « Pourtant en développant ces fictions, on pourrait accrocher de nouveaux auditeurs, rétorque Yves Nilly, premier vice-président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. Ils découvriraient que la radio n’est pas qu’information. » Difficile pourtant d’étendre les programmes : « Ce n’est pas si simple, explique Blandine Masson, coordinatrice des fictions de France Culture. Créer de nouveaux espaces comme Enfantines demanderait de supprimer d’autres émissions sur la chaîne. »

Seule solution : amorcer la révolution internet, bloquée aujourd’hui par des problèmes de droits d’auteurs. « L’avenir de la fiction passe par le téléchargement libre, affirme M. Nilly. En Allemagne ou en Angleterre, il permet à la création dramatique de se renouveler et les fictions, notamment pour enfants, remportent un réel succès. »

Tiphaine Réto.

Ondes de nuit sur France Inter

Lundi, avril 28th, 2008
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La radio généraliste de service public est une des seules à poursuivre le direct la nuit. Un parti pris pour prendre le temps de la liberté et de la confidence.

Minuit quarante-cinq, sur les bords de Seine. « Allô la planète », l’émission interactive et internationale d’Eric Lange, s’achève entre Shanghaï et Hanoï. Là-bas, le jour naît. Ici, c’est la nuit. Dans les couloirs de France Inter, les bureaux se sont vidés depuis longtemps, mais on y décèle encore de l’activité. Car Inter est une des seules stations à proposer des programmes en direct d’un bord à l’autre du jour. De une heure à cinq heures, la nuit durant, deux Serge prennent les rênes de « Sous les étoiles exactement » : au micro, Serge Levaillant ; aux manettes, Serge Gandon, son réalisateur.

En studio, la lumière tamisée rappelle l’heure avancée, mais l’énergie du direct reste tangible. Une obligation, pour le producteur de l’émission. « Les gens qui écoutent n’ont pas envie qu’on leur rappelle qu’ils ne dorment pas, explique Serge Levaillant. D’autant qu’aujourd’hui, parler d’une émission « de nuit », ça ne veut plus rien dire. » Il réajuste ses lunettes sur le dessus de son crâne. « Quand j’ai commencé, je parlais pour les boulangers et les éboueurs. Aujourd’hui, il y a plus de 400 métiers de nuit. Sans compter Internet, qui permet à des familles de nous écouter en déjeunant, aux Etats-Unis. » Impossible, en fait, de connaître la part d’audience des émissions de nuit, puisque Médiamétrie arrête ses baromètres entre minuit et cinq heures. « On estime nos auditeurs à quelques dizaines de milliers sur cette tranche horaire, avance Frédéric Schlesinger, directeur de France Inter. Mais à cette heure-là, la part d’audience importe peu. »

Il est 1h30 et le chanteur Louis entame quelques morceaux live. Chaque année, près de 650 artistes défilent dans le studio pour la première heure de l’émission. « C’est important d’avoir toujours du direct sur les ondes, affirme Serge Gandon. Cette présence est aussi la mission du service public. » Une mission revendiquée par la direction. « Etre-là la nuit fait partie de l’histoire de France Inter, rappelle Frédéric Schlesinger. Ca fait plus d’une décennie que « Sous les étoiles exactement » est installée sur les ondes, et il n’est pas question de changer. »

A deux heures tapantes, Mickaël Thébaut entre en studio pour son premier flash. Trois minutes d’info préparées en solo à l’étage supérieur. Place ensuite à la rediffusion de « 2000 ans d’histoire ». Les invités quittent les lieux, et les techniciens s’éclipsent, pour une courte sieste. Serge Levaillant en profite pour peaufiner son « texte », une tranche d’écriture qu’il s’offre chaque nuit, entre 2h30 et 3h. « C’est l’avantage de la nuit, explique Serge Gandon. On est totalement libre de dire et faire ce qu’on veut. » Pas question pour lui de revenir à des horaires « normaux ». « Le prime-time, c’est la gloire. Mais la nuit, c’est le seul moment où j’ai vraiment l’impression de « faire de la radio ». Montage d’émissions, assemblage de sons, direct… On fait tout. Tranquillement. ».

Trois heures, les journalistes de la matinale arrivent à la rédaction. L’ambiance reste feutrée. Au studio 61, le réalisateur de « Sous les étoiles exactement » lance l’enregistrement d’une interview de Jean-Louis Trintignant, réalisée dans l’après midi. « La nuit, précise-t-il, c’est aussi le moment de la rencontre. Tout va plus lentement. On a le temps de discuter avec les gens. »

Quatre heures. C’est l’heure de la rediffusion de « Sur la route », l’émission musicale de Laurent Lavige. Au septième étage, c’est surtout l’heure de la conférence de rédaction, pour préparer les journaux du matin. Sous la houlette de Patrick Cohen, rédacteur en chef, les journalistes font le point. Et en une heure, les couloirs de France Inter s’animent peu à peu. Les deux Serge quittent le navire. Il ne fait pas encore jour, mais sur les ondes, déjà, la nuit s’est évanouie.

Tiphaine Réto, © Le Monde – Publié le 02/07/2008

« Faire de la radio la nuit, c’est une vraie profession de foi »

Lundi, avril 28th, 2008

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Auteur, animateur, homme de radio, découvreur de talents… Serge Levaillant ne sait plus se décrire lui-même. « Gardien de nuit », avance-t-il, avant de se raviser. Car la nuit, il ne la garde pas. Il la partage.

Cet amoureux de la mer, ancien officier de la marine marchande, guide les noctambules sur les remous de la chanson française. De une heure à cinq heures du matin, de la nuit du mardi au mercredi à la nuit du vendredi au samedi, il assure sans faillir, depuis 1997, la relève des ondes dans « Sous les étoiles exactement ». De Bénabar à Jeanne Cherhal, de Grand Corps malade à Renan Luce… Pas un qui ne soit passé par son émission, avant d’être reçu ailleurs. « Je me souviens de Camille. Elle était encore étudiante à Science Po quand je l’ai reçue au micro. Et aujourd’hui, elle a le prix Constantin ! » Sur internet, le profil MySpace de Serge Levaillant fait désormais référence dans le monde de la musique. Son secret ? « Je prends le temps de tout écouter et de tout lire, répète-t-il en montrant d’un geste les étalages de disques rangés sur son bureau. Après… C’est du feeling. »

L’homme dort peu, mais s’en moque. « Faire de la radio la nuit, c’est une vraie profession de foi. » A 49 ans, il ne cesse de s’émerveiller à chaque rencontre, chaque découverte. « Il y a tellement de gens bien ! Mais qui connaît Marcel Kanche ou Les Doigts de l’homme ?… Moi. Et c’est aussi pour eux, pour les faire connaître, que je suis fier de bosser ici ! ».

Et pas question de s’arrêter. « Mon rêve serait de faire une émission qui dure de minuit à six heures ! Avec des jeunes, passionnés par la radio, à qui je laisserais carte blanche. » De quoi assurer le quart pour les nuits à venir.

Tiphaine Réto

Ondes de choc sur internet

Lundi, septembre 19th, 2005

Arte Radio (arteradio.com) et Silence Radio (silenceradio.org) revendiquent leur créativité

L’ailleurs se trouve parfois à distance de clic. Arte Radio, créée en 2002, et Silence Radio, apparue en 2005, deux Webradios (diffusant uniquement sur Internet), proposent une approche du son différente des radios hertziennes classiques.
Voulue par le président d’Arte, Jérôme Clément, Arte Radio (arteradio.com), qui renouvellera son site le 12 octobre, favorise le son brut, le reportage, le témoignage, sans musique ni commentaire, pour proposer une autre écoute du monde. De son côté, Silence Radio (silenceradio.org), « petite antenne de la Belgique francophone » créée par l’Association de la création sonore radiophonique (ACSR), propose des fictions, des reportages à valeur poétique et des créations insolites. Autant de sons à butiner, mais aussi à télécharger sur son ordinateur, ou même à enregistrer directement sur un baladeur numérique.
« Internet offre un nouveau type d’écoute », explique Etienne Noizeau, de Silence Radio. C’est un espace où l’auditeur peut expérimenter une écoute sélectionnée et créer ainsi la radio de son choix. « Pour lui, la diffusion sur la Toile permet aussi d’exacerber la communication à distance : « On peut atteindre des auditeurs à l’autre bout de la Terre, et aussi découvrir ce que font les autres. Ces « ondes » permettent un voyage à travers le monde. Un échange constant avec tous. » Une vision que partage Silvain Gire, rédacteur en chef d’Arte Radio, qui ajoute que cette « forme du troisième type » s’avère être un média strictement intime : on « n’écoute » jamais son ordinateur autrement que seul dans son coin, dans sa sphère.
Internet offre à ces deux radios le luxe d’une liberté inégalée, au dire de ses responsables. « Nous faisons entendre ce qu’on n’entend pas d’habitude », insiste le rédacteur en chef d’Arte Radio, sans contrainte de formats – la durée des sujets peut varier d’une minute à quarante minutes. Les Web-radios recherchent avant tout l’originalité et une écoute décalée. A l’image de Jérémy, pigiste pour Arte Radio, qui, lors du dernier tournoi de tennis de Rolland-Garros, tentait de monter « un sujet sur le bruit de la balle »…
« Si nous devions définir notre politique éditoriale, explique le rédacteur en chef d’Arte Radio, ce serait « intimité et politique » : parler du monde, de l’actualité, des événements, mais d’une manière très personnelle. » Comme dans ce reportage où Nawel raconte « son » ramadan ; ou encore comme cette visite commentée d’un appartement : « C’est intime, très personnel, mais cela permet d’aborder le problème de la crise du logement à Paris », note Silvain Gire. Parler de soi pour évoquer le présent et le monde extérieur : chaque sujet est donc scrupuleusement choisi pour correspondre à ce critère.
Derrière ces commentaires se dessine une critique des médias traditionnels : faire écouter ce que les autres ne font pas connaître, faire entendre sans commenter, ne pas « dévoyer » les sons. « Sur les radios classiques, les témoignages sont cerclés par les journalistes, utilisés pour servir une cause. Nous , nous laissons la parole libre, nous laissons apparaître le hors-champ. Bien sûr, nous émettons un point de vue lors de l’écriture qu’est le montage, mais ce n’est que suggéré, pas affirmé », commente le patron d’Arte Radio. Avant d’ajouter, non sans fierté : « Aujourd’hui, les auditeurs viennent écouter ce qu’Arte Radio dit sur tel ou tel sujet. »

Du son brut à la fiction poétique

Une aventure sonore qui réinventerait les radios libres ? Silvain Gire ne s’en cache pas : « Sur Arte Radio, on reprend des vieux trucs de radio : des fictions, des formats longs, des chroniques sonores. On réinvente la radio à l’ancienne. » Même revendication pour Silence Radio, qui estime contribuer à combler un manque : « On constate une diminution alarmante de l’espace laissé à la création sur les ondes », affirme Etienne Noizeau. D’où le souhait de l’ACSR de créer une « niche artistique sonore ». Le site de Silence Radio, fait de petites bulles de sons mobiles sur fond de page blanche, se veut en lui-même  » un manifeste artistique ».
Explications de son animateur : « Du son brut à la fiction poétique, nous présentons un mille-feuille de la création. Nous voyons cette radio à la fois comme un art et comme une prise de parole activiste au sujet de la création sonore. » L’association accueille ainsi des gens de tous horizons, prêts à participer à ce projet radiophonique. « L’activité principale, c’est produire une émission, mais nous nous appuyons aussi sur une branche de recherches : un atelier expérimental où chacun peut prendre le temps de se sensibiliser à l’écriture sonore. »
Le temps de créer. Un luxe que s’offre donc Silence Radio en ne renouvelant son site qu’une fois tous les trois mois : « Nous sommes associatifs. Nous n’avons pas les moyens d’ajouter au site une nouvelle émission par semaine, commente Etienne Noizeau. Nous n’en avons d’ailleurs pas l’envie. »

Tiphaine RETO © Le Monde