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« Le lendemain du vote, on retournera bosser »

Jeudi, avril 5th, 2007
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Au coeur de la campagne… au marché d’Ancenis. 2e volet de notre série consacrée à la campagne présidentielle, vue et commentée par les électeurs.

Premier marché du printemps à Ancenis. Sous un soleil froid, les senteurs de saison volent d’étal en étal. Comme pour mieux chasser l’hiver. La fraise se laisse goûter par le passant. La laitue défrise le badaud. Un air de Piaf couvre le brouhaha des grands jours.
« Les présidentielles ? » Jeoffrey, 31 ans, tente de se réchauffer près de son stand de machines à coudre. « Bien sûr qu’on en parle… Comme du beau temps. » Pour ne rien dire en somme. « Vous savez, c’est très mauvais pour un commerçant de donner ses opinions politiques, explique Franck. Alors autant éviter les sujets qui fâchent… » Faire comme si de rien n’était ? Difficile, toutefois, pour le poissonnier. Devant son stand désert, il reprend en faisant la grimace : « C’est vrai que les années présidentielles, on les sent passer. À chaque fois, c’est la même chose : les gens n’achètent pas. Ils sont passifs. Dans l’attente de quelque chose.

Les médias servent la soupe

Attendre… Mais attendre quoi ? Dans les allées, les réponses se ressemblent. Robert, 55 ans : « Du changement. Enfin ! », Gilles, 34 ans : « Que ça bouge ! », Nathalie, 35 ans : « Autre chose… » Mais aucun ne semble décidé sur le bulletin qui, dans l’urne, pourrait « tout changer ». « 50 % des gens ne savent pas encore pour qui ils vont voter », assène Georges, le marchand de gilets. « À écouter les gens, on pourrait croire que c’est Le Pen qui va être président, complète Pierre. L’insécurité… On entend parler que de ça. C’est très à la mode. »

L’insécurité, en effet, semble être en promotion dans les sujets de l’air du temps De même que « la vie chère », « le chômage », « la TVA » et « la retraite » se portent bien pour la saison. Les mêmes sujets reviennent sans cesse, au gré ou non, de l’actualité. « Le problème, reprend Pierre, c’est que personne n’approfondit réellement ces questions. À commencer par les médias qui servent la soupe aux politiques. »

Ce débat-là énerve Georges. Lui, la politique, il ne veut plus en parler. « De toute façon, le lendemain du vote, on remontera dans le camion et on ira bosser… » Puis, plus grave : « Moi, ce qui m’inquiète, c’est pour les jeunes… Je ne vois pas comment ils peuvent encore y croire. »

Plus temps de voter pour un parti

Les jeunes, justement, semblent bien au contraire se prendre de passion pour les débats du moment. « Je viens de créer mon entreprise de ferronnerie, explique Kallan, 27 ans. Ce sont de nouvelles questions et de nouveaux intérêts pour moi. »

Cheveux longs et bouc à peine entretenu, le jeune homme se désole de voir le peu d’intérêt marqué pour la politique en France. « Dans les bars ou ici, sur le marché, c’est rare que les gens en parlent. Pourtant, moi, avec mes amis, on se retrouve pour échanger nos opinions, confronter nos idées. C’est ça qui fait avancer. » Malgré tout, Kallan hésite encore pour la nuance de son bulletin de vote. « Vote utile ou vote d’opinion ? C’est dommage d’en être à réfléchir comme ça… » Sur son sweat noir, des mots imprimés en blanc : « Rage against the machine ». Le nom d’un groupe de musique engagé contre les abus du capitalisme. Il s’interroge : et s’il n’était plus temps de voter pour un parti ou pour des idées ? « La terre va super mal. Le jour où il n’y aura plus de planète, il n’y aura plus ni gauche, ni droite. C’est peut-être ça l’enjeu de ces présidentielles. »

Premier marché du printemps à Ancenis. Le soleil s’est caché sur la fin de matinée. En ce début de saison, il fait encore un froid d’hiver.

Tiphaine RÉTO © Ouest France

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« Je ne suis pas un utopiste », portrait d’un candidat aux Présidentielles

Dimanche, décembre 31st, 2006
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Il y pense aussi en se rasant… Un habitant des Mauges vient de présenter sa candidature à l’élection présidentielle. Reste à obtenir… 500 parrainages.

L’homme est rond, un brin rubicond. Petite moustache grise et lunettes fines. Un homme comme tous les autres. Père de famille, ouvrier d’entretien dans l’Éducation nationale et entraîneur de foot dans une petite commune des Mauges. Un Monsieur Tout-le-Monde, qui parle politique près du buffet breton et refonde l’État en famille. Un Français moyen, qui ne se revendique ni de gauche, ni de droite, qui a voté Chirac aux deux dernières élections. Un homme comme vous… Sauf que depuis le 12 décembre, M. Calvinhac est un autre homme. Il est devenu, à 46 ans, le candidat Calvinhac. « J’y pense depuis un an. Là, je me suis senti prêt. Il faut remettre de l’ordre dans tout ça. » Pas d’annonce tonitruante, pas de guerre intestine. Il a suffi d’une déclaration à la Préfecture pour qu’il s’accroche désormais à un rêve, celui de devenir le Président Calvinhac.

Ras-le-bol de voir les mêmes têtes se présenter

Car s’il tempère encore ses illusions en annonçant son programme à coup de « si je suis élu… », le candidat Calvinhac ne s’empêche pas de croire au « miracle » : « C’est l’année ou jamais. Les gens en ont ras-le-bol de voir toujours les mêmes têtes depuis 20 ans et de ne voir aucune promesse électorale tenue. Ce sont les petits candidats comme moi, qui peuvent créer la surprise. »

Reste encore le parcours du combattant à réaliser. À commencer par les 500 signatures de maire à récupérer. Une formalité ! « J’ai déjà présenté le programme de mon parti, Pour une nouvelle France, aux communes du coin et je pense que certains maires pourraient être intéressés. Notamment parce que je veux réinstaller une école dans tous les villages. Cela, ça leur plaira forcément. »

Sarkozy à l’Intérieur, Strauss-Khan aux Finances

Le candidat prend déjà des tics d’orateur en ponctuant ses discours par des effets de mains. Normal, puisqu’il connaît son programme sur le bout des doigts. Première mesure : « Si je suis élu, je promets de faire diminuer les salaires des hommes d’État de 50 %. »

Pas sûr que Nicolas Sarkozy, à qui il envisage de proposer le ministère de l’Intérieur et le socialiste Dominique Strauss-Kahn, qu’il verrait bien aux Finances, acceptent de participer au gouvernement… Mais peu importe : « Il faut que les politiciens redescendent sur terre et cessent de vivre dans leur monde. »

Et de poursuivre les « Si je suis élu » : « Je me servirai d’entrée de jeu du 49-3 pour imposer certaines décisions, comme la hausse du minimum vieillesse et une revalorisation des salaires à 10 %. » L’autorisation du mariage homosexuel, la création de classes pour les enfants dyslexiques, la mise en place de pistes cyclables dans les villes ou une réforme de la magistrature… Les promesses, en vrac, ne manquent pas pour étoffer le programme.

« Je ne suis pas un utopiste, se défend M. Calvinhac. Je suis un homme d’action qui veut simplement changer tout ça. » On pourrait bien être 62 millions à se porter candidat.

Tiphaine RÉTO © Ouest France