Au coeur de la campagne… au marché d’Ancenis. 2e volet de notre série consacrée à la campagne présidentielle, vue et commentée par les électeurs.
Les médias servent la soupe
Attendre… Mais attendre quoi ? Dans les allées, les réponses se ressemblent. Robert, 55 ans : « Du changement. Enfin ! », Gilles, 34 ans : « Que ça bouge ! », Nathalie, 35 ans : « Autre chose… » Mais aucun ne semble décidé sur le bulletin qui, dans l’urne, pourrait « tout changer ». « 50 % des gens ne savent pas encore pour qui ils vont voter », assène Georges, le marchand de gilets. « À écouter les gens, on pourrait croire que c’est Le Pen qui va être président, complète Pierre. L’insécurité… On entend parler que de ça. C’est très à la mode. »
L’insécurité, en effet, semble être en promotion dans les sujets de l’air du temps De même que « la vie chère », « le chômage », « la TVA » et « la retraite » se portent bien pour la saison. Les mêmes sujets reviennent sans cesse, au gré ou non, de l’actualité. « Le problème, reprend Pierre, c’est que personne n’approfondit réellement ces questions. À commencer par les médias qui servent la soupe aux politiques. »
Ce débat-là énerve Georges. Lui, la politique, il ne veut plus en parler. « De toute façon, le lendemain du vote, on remontera dans le camion et on ira bosser… » Puis, plus grave : « Moi, ce qui m’inquiète, c’est pour les jeunes… Je ne vois pas comment ils peuvent encore y croire. »
Plus temps de voter pour un parti
Les jeunes, justement, semblent bien au contraire se prendre de passion pour les débats du moment. « Je viens de créer mon entreprise de ferronnerie, explique Kallan, 27 ans. Ce sont de nouvelles questions et de nouveaux intérêts pour moi. »
Cheveux longs et bouc à peine entretenu, le jeune homme se désole de voir le peu d’intérêt marqué pour la politique en France. « Dans les bars ou ici, sur le marché, c’est rare que les gens en parlent. Pourtant, moi, avec mes amis, on se retrouve pour échanger nos opinions, confronter nos idées. C’est ça qui fait avancer. » Malgré tout, Kallan hésite encore pour la nuance de son bulletin de vote. « Vote utile ou vote d’opinion ? C’est dommage d’en être à réfléchir comme ça… » Sur son sweat noir, des mots imprimés en blanc : « Rage against the machine ». Le nom d’un groupe de musique engagé contre les abus du capitalisme. Il s’interroge : et s’il n’était plus temps de voter pour un parti ou pour des idées ? « La terre va super mal. Le jour où il n’y aura plus de planète, il n’y aura plus ni gauche, ni droite. C’est peut-être ça l’enjeu de ces présidentielles. »
Premier marché du printemps à Ancenis. Le soleil s’est caché sur la fin de matinée. En ce début de saison, il fait encore un froid d’hiver.
Tiphaine RÉTO © Ouest France
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