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Les nez du monde captent le parfum des roses

Samedi, juin 16th, 2007


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Dix parfumeurs internationaux ont élu, vendredi, à Nantes, les reines des roses parfumées. Un concours unique au monde qui s’ouvre, ce week-end, au grand public.

Nantes, vendredi. 9e Biennale internationale de la rose parfumée. Dans l’écrin fleuri du « clos des roses » du jardin de la Beaujoire, les accents du monde s’emmêlent pour cueillir, à même les sens, le langage des fleurs. Ils sont dix, en ce matin pluvieux, à opérer un étrange rituel. Se pencher, se prosterner presque, devant la reine des fleurs. Et respirer. Dix représentants des plus grands parfumeurs de la planète. Dix « nez » professionnels venus du monde entier pour humer le parfum des roses du temps.

« La Biennale a été créée en 1991, explique Emmanuel Davy, organisateur de l’évènement, pour contrecarrer l’idée que les roses parfumées n’existaient plus. » Et sélectionner, parmi des variétés du monde entier, la fleur de l’année.

Will Andrews est président du jury de cette édition 2007. « Ce n’est jamais facile de choisir une rose, avoue-t-il. Déjà parce que chaque juré a des goûts très variés. Certains aiment les parfums classiques, d’autres favorisent la complexité des flagrances. Moi, je recherche quelque chose de contemporain. » Il ferme les yeux sur un bouton orangé. « Celle-ci est surprenante… On dirait un citron sucré. »

Un citron ? La rose ne sentirait-elle donc pas la rose ? Emmanuel Davy sourit : « Il existe mille deux cents mots pour qualifier le parfum d’une rose. » Coriandre, boisé vétiver, rhubarbe ou maracuja… Les pétales serrés regorgent des senteurs du monde. « C’est ce qui est agréable, avec les roses, reprend Will Andrews. On apprend tout au long de sa vie à en découvrir les parfums. Il y a toujours des surprises. »

Des surprises qui ravissent les parfumeurs, toujours amateurs de nouvelles flagrances. « La rose, tout comme le jasmin, est essentielle aux parfums, explique Philippe Sauvegrain, parfumeur consultant et membre du jury. C’est un peu le violon et le piano d’un orchestre : tous les autres instruments servent à les mettre en valeur. »

La musique florale, cette année, ne sera pas seulement réservée à ses grands musiciens. « Pour la première fois depuis sa création, nous avons décidé d’ouvrir la Biennale au grand public », indique Emmanuel Davy.

Tout le week-end, amateurs et passionnés pourront donc observer les 20 000 roses du parc floral de la Beaujoire en compagnie des professionnels. Et humer les arômes des vingt-cinq variétés en compétition. « En espérant qu’il ne pleuve pas… », murmure-t-on dans les allées du jardin.

Et pourquoi pas ? Ce serait toujours une belle histoire à l’eau de rose…

Tiphaine RÉTO.

La maison Guerlain, fenêtre sur le lac de Grand Lieu

Dimanche, mai 20th, 2007

Le repos de chasse du célèbre parfumeur a été vendu à l’État en 1999. Aujourd’hui, le projet de réhabilitation de la maison est en marche pour en faire un site d’observation d’une réserve ultra-protégée.

L’ombre d’un oiseau s’éteint doucement dans le froissement d’un envol. « Ici, c’est un peu comme une espèce de sanctuaire du monde originel. » Patrice Boret se lève du rebord de la loggia, au premier étage de la maison Guerlain. Salarié de la Société nationale de protection de la nature (SNPN), il a en charge la gestion de la réserve naturelle de Grand Lieu. « D’ici, on a une vue extraordinaire sur la roselière boisée. » À quelques petites centaines de mètres s’étend une forêt de saules inondée. « C’est ça, la roselière. » Un site exceptionnel, où viennent nicher une cinquantaine d’espèces d’oiseaux. Un trésor totalement inaccessible au simple promeneur. Tout comme le reste de la réserve naturelle de Grand Lieu.

Concert de batraciens au pied de la façade. « En ouvrant la maison Guerlain, les gens pourront, eux aussi, profiter un peu de cette féerie », reprend le conservateur de la réserve. Ouvrir la maison Guerlain ? Depuis qu’en 1999, la veuve du célèbre parfumeur a vendu à l’État le repos de chasse de son mari, le projet a souvent été évoqué. Mais a toujours périclité. « Ce coup-ci, nous sommes sur la bonne voie », promet Patrice Boret. Et il n’est pas seul à y croire. Depuis plusieurs mois, déjà, le conseil général et le Conservatoire du littoral réfléchissent à la réhabilitation du lieu. Un comité de pilotage, constitué de tous les acteurs du lac, s’est penché sur une première étude de faisabilité du projet. « C’est là que nous avons fait un grand pas, affirme Françoise Verchère, vice-présidente du conseil général, déléguée à la qualité de l’environnement et à la protection de la nature. Parce que cette étude a convaincu beaucoup de monde. »

« Un endroit qui se mérite »

Un fin rideau de pluie drape le canal Guerlain, longue fuite d’eau reliant la maison aux zones lacustres. « L’idée est de faire de la maison un lieu d’observation et de communication, détaille Patrice Boret. Une fenêtre supplémentaire ouverte sur le lac. » D’autres points d’observation sont déjà répartis autour du lac, mais l’originalité de la maison Guerlain tiendrait en sa qualité explicative. « Chez nous, le lac est un mystère qui nourrit notre culture, développe Marie-France Burgaud, maire de Bouaye. Mais il faut pouvoir expliquer pourquoi il doit être autant protégé pour continuer à le préserver. »

À l’intérieur de la maison, l’obscurité devient plus dense dans les chambres humides et vides. Patrice Boret imagine déjà ce que pourrait être le futur de la bâtisse. « On pourrait installer des caméras sur le lac pour montrer aux gens ce qui se passe au coeur de la réserve. Ce serait un bon moyen de les sensibiliser à la fragilité des lieux. » Françoise Verchère, elle, réfléchit en termes de pédagogie : « L’espace de la maison est trop étroit pour accueillir des classes. Nous devrons donc aussi réaménager les locaux de l’ancienne DDE pour installer des ateliers pédagogiques. » C’est là, également, que devraient être aménagés les parkings. « Il faudra cheminer à pied pour arriver à la maison, reprend la vice-présidente du Conseil général. C’est un endroit qui se mérite. »

À l’heure actuelle, le coût du projet est estimé à 2, 5 millions d’euros, un financement partagé entre le Conseil général et le Conservatoire du littoral. Et personne ne s’attend à ce que la maison n’ouvre ses portes avant deux bonnes années d’études et de travaux. Alors, il faudra adapter les allées et venues du public pour conserver au mieux un écrin de nature.

Tiphaine RÉTO © Ouest France