Programmée uniquement l’été depuis 2006, « L’Afrique Enchantée », de Soro Solo et Vladimir Cagnolari, a enfin rejoint, depuis septembre, la grille permanente de France Inter.
En studio comme à la ville, Soro Solo et Vladimir Cagnolari sont inséparables. « Nous ? On est des frères siamois ». L’Ivoirien de France et le griot parisien habitent le même immeuble, partagent les mêmes passions et animent ensemble sur France inter « L’Afrique Enchantée ». Une petite heure de chansons, d’histoires et de rires qui invitent, désormais le dimanche soir, à 18h, tous les passionnés du grand continent à s’asseoir sous l’arbre à palabre.
« J’ai rencontré Soro en 2001, à Abidjan, se souvient Vladimir Cagnolari. Ce fut le coup de foudre. On s’est tout de suite dit que faire une émission ensemble serait une expérience géniale. » Il faudra pourtant attendre 2006 pour que l’animateur vedette des ondes ivoiriennes et le journaliste de RFI se retrouvent au micro.
Ce dimanche de septembre, « le vieux père » Soro et le « tonton » Vlad reçoivent le reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly en direct de la Fête de l’Humanité. « C’est l’Afrique qui frappe à la porte » annonce le générique, mais au stand de Radio France, c’est tout un studio qui frappe dans ses mains. La première chanson à peine lancée, les deux complices se mettent à danser et entraînent dans leurs rythmes les spectateurs qui s’attroupent peu à peu. « Notre pari, explique Vladimir Cagnolari, c’est de transmettre de la curiosité dans la bonne humeur. » Soro Solo enchaîne aussitôt : « C’est ainsi que que les peuples peuvent se rencontrer. »
Pas d’experts donc, en plateau, pas de spécialistes ou de docteurs. Mais des histoires et des rencontres avec les gens de la rue, enregistrées au détour des pérégrinations des deux animateurs. Et des chansons, qui font de cette Afrique qu’ils connaissent tous deux de l’intérieur, la terre enchantée qu’ils veulent faire partager. « La musique est bien plus qu’un simple divertissement. Les chansons racontent la société, la politique, l’histoire, la culture et la vie de tous les jours. C’est donc notre matière première, précise Vladimir Cagnolari. Dans les médias en général, la vision de l’Afrique s’arrête souvent aux guerres, aux dictatures et à l’aide internationale, note le journaliste. C’est une réalité, mais ce n’est pas la seule. Nous voulons aussi présenter les envies, les rêves, les espoirs et les ingéniosités qui font le quotidien de ses habitants. »
L’émission ne tombe pourtant pas dans la « propagande positive ». Des arrangements démocratiques au Zimbabwe aux trafics de minerais en République Démocratique du Congo, les grandes et petites souffrances ne sont pas occultées. « Nous voulons aussi montrer que la misère de l’Afrique s’explique, affirme Soro Solo. Et notamment par la responsabilité des gouvernements occidentaux. » Vladimir Cagnolari renchérit : « La France est particulièrement liée à l’Afrique, de part son histoire et ses échanges. C’est intéressant pour tout le monde de mieux se connaître. Ca évite les préjugés, les fantasmes et les peurs. »
« Cette émission va au-delà du prétexte de diversité pour raconter l’Afrique à travers les Africains. C’est un pari qui nous convient », affirme Frédéric Schlesinger, directeur délégué de France Inter. La radio française aurait aimé engager un partenariat avec RFI pour une diffusion en Afrique. Le projet reste muet pour l’instant, suite au refus de la « radio mondiale ».
Tiphaine Réto, © Le Monde – Publié le 26-27 octobre 2008