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Aux rythmes du continent noir

Lundi, octobre 27th, 2008

Programmée uniquement l’été depuis 2006, « L’Afrique Enchantée », de Soro Solo et Vladimir Cagnolari, a enfin rejoint, depuis septembre, la grille permanente de France Inter.

En studio comme à la ville, Soro Solo et Vladimir Cagnolari sont inséparables. « Nous ? On est des frères siamois ». L’Ivoirien de France et le griot parisien habitent le même immeuble, partagent les mêmes passions et animent ensemble sur France inter « L’Afrique Enchantée ». Une petite heure de chansons, d’histoires et de rires qui invitent, désormais le dimanche soir, à 18h, tous les passionnés du grand continent à s’asseoir sous l’arbre à palabre.

« J’ai rencontré Soro en 2001, à Abidjan, se souvient Vladimir Cagnolari. Ce fut le coup de foudre. On s’est tout de suite dit que faire une émission ensemble serait une expérience géniale. » Il faudra pourtant attendre 2006 pour que l’animateur vedette des ondes ivoiriennes et le journaliste de RFI se retrouvent au micro.

Ce dimanche de septembre, « le vieux père » Soro et le « tonton » Vlad reçoivent le reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly en direct de la Fête de l’Humanité. « C’est l’Afrique qui frappe à la porte » annonce le générique, mais au stand de Radio France, c’est tout un studio qui frappe dans ses mains. La première chanson à peine lancée, les deux complices se mettent à danser et entraînent dans leurs rythmes les spectateurs qui s’attroupent peu à peu. « Notre pari, explique Vladimir Cagnolari, c’est de transmettre de la curiosité dans la bonne humeur. » Soro Solo enchaîne aussitôt : « C’est ainsi que que les peuples peuvent se rencontrer. »

Pas d’experts donc, en plateau, pas de spécialistes ou de docteurs. Mais des histoires et des rencontres avec les gens de la rue, enregistrées au détour des pérégrinations des deux animateurs. Et des chansons, qui font de cette Afrique qu’ils connaissent tous deux de l’intérieur, la terre enchantée qu’ils veulent faire partager. « La musique est bien plus qu’un simple divertissement. Les chansons racontent la société, la politique, l’histoire, la culture et la vie de tous les jours. C’est donc notre matière première, précise Vladimir Cagnolari. Dans les médias en général, la vision de l’Afrique s’arrête souvent aux guerres, aux dictatures et à l’aide internationale, note le journaliste. C’est une réalité, mais ce n’est pas la seule. Nous voulons aussi présenter les envies, les rêves, les espoirs et les ingéniosités qui font le quotidien de ses habitants. »

L’émission ne tombe pourtant pas dans la « propagande positive ». Des arrangements démocratiques au Zimbabwe aux trafics de minerais en République Démocratique du Congo, les grandes et petites souffrances ne sont pas occultées. « Nous voulons aussi montrer que la misère de l’Afrique s’explique, affirme Soro Solo. Et notamment par la responsabilité des gouvernements occidentaux. » Vladimir Cagnolari renchérit : « La France est particulièrement liée à l’Afrique, de part son histoire et ses échanges. C’est intéressant pour tout le monde de mieux se connaître. Ca évite les préjugés, les fantasmes et les peurs. »

« Cette émission va au-delà du prétexte de diversité pour raconter l’Afrique à travers les Africains. C’est un pari qui nous convient », affirme Frédéric Schlesinger, directeur délégué de France Inter. La radio française aurait aimé engager un partenariat avec RFI pour une diffusion en Afrique. Le projet reste muet pour l’instant, suite au refus de la « radio mondiale ».

Tiphaine Réto, © Le Monde – Publié le 26-27 octobre 2008

Le rendez-vous des globe-trotters

Lundi, octobre 13th, 2008

L’émission quotidienne « Allô la planète », présentée par Eric Lange, permet aux auditeurs de France Inter éparpillés dans le monde entier de s’organiser en réseau d’amitié et d’entraide.

« Café du commerce ? » L’expression ne plaît guère à Eric Lange. « Disons plutôt que c’est un grand dîner de famille. Une famille éparpillée aux quatre coins de la planète et qui se retrouve chaque soir pour parler du monde comme il va. » Le présentateur de France Inter n’en est pas peu fier : avec « Allô la Planète, » diffusé du lundi au vendredi, de 23 h à 1h du matin, il pense avoir créé « la première émission mondiale de proximité ».

Depuis deux ans, ce programme réunit les auditeurs de la planète Inter. De Pékin à Moscou, de Vierzon à New-York, « des personnes très loin géographiquement utilisent un ton finalement très intime pour se parler. » Débat d’idées sur le développement économique en Russie, récit de vie en Bolivie ou périple en moto au Kazakhstan… Les sujets se succèdent sur les ondes et se prolongent sur la toile. « C’est le développement d’internet qui permet le fonctionnement de cette émission, reconnaît le producteur. Les commentaires déposés sur le site ou les discussions sur le forum tournent à bloc. »

Des rendez-vous donnés dans un bistrot de Belgique, des conseils d’installation en Allemagne, des amitiés tissées entre deux bouts du monde : avec « Allô la planète », les exilés, expatriés, globe-trotteurs et rêveurs de tous bords se sont créés un pays bien à eux. « Des histoires, il s’en est passées plein dans les coulisses de l’émission, sourit Éric Lange. En particulier grâce aux « bouteilles à la mer », ce système d’entraide qui s’est rapidement mis en place. » Et d’évoquer, en vrac, le doudou oublié dans un hôtel de Prague par une jeune auditrice et récupéré par une étudiante en Erasmus ou le visa obtenu in extremis pour Séverin, l’historien ivoirien qui risquait de rater un congrès important à Nantes. « Une de nos plus belles sagas, c’est ce gars qui avait rencontré une Colombienne sur internet. Il nous a appelés pour nous parler de son envie de la rejoindre. Mais il hésitait encore… »

Quelques messages d’encouragement sur le site, des conseils laissés en direct, une promesse (tenue) de résidents en Colombie de venir chercher le jeune homme à l’aéroport de Bogota… « Il nous a rappelé quelques temps plus tard : il sortait de l’église. La photo du mariage est sur le site de l’émission. » Mais au delà du recueil de belles histoires, « Allô la planète » se veut surtout être une passerelle entre les énergies. « Le problème de la libre antenne, c’est que les gens appellent pour parler d’eux. Résultat : ça tourne vite en rond, analyse Aneka, assistante de l’émission. Mais les gens qui voyagent ne parlent pas d’eux, ils parlent de ce qu’ils font. »

Les projets humanitaires, écologiques ou culturels fleurissent ainsi sur le terreau de l’émission. « Quand on voit ce que les gens sont capables de faire, on a parfois envie de leur donner un coup de pouce, concède Éric Lange. Mais notre métier est avant tout de les aider à raconter au mieux ce qu’ils vivent pour que d’autres continuent de leur prêter main forte. »

Tiphaine Réto, © Le Monde – Publié le 12-13 octobre 2008