Posts Tagged ‘média’

Qui ne connait pas encore l’inconnu du métro ?

Mercredi, avril 21st, 2010
© linconnudumetro.wordpress.com

A peine une semaine en ligne et déjà 25 000 clics par jour. A ce rythme, « L’inconnu du métro » pourrait bien devenir célèbre. L’inconnu du métro, c’est avant tout un blog sur lequel se racontent des lignes de vie croisées sur des lignes de métro. L’inconnu du jour, ça peut être n’importe qui. Simon, 72 ans, qui descend à Châtelet pour étudier le Talmud ou Patricia, 19 ans, qui se rend à Nation pour suivre ses cours en BTS international. Ce sont tous les usagers de la RATP qui croisent, le temps d’un trajet, le regard curieux de Marie Dinkle.
L’inconnue, la vraie, c’est elle. « Marie, c’est un pseudo. Je ne veux pas qu’on me reconnaisse. » Marie, 25 ans, étudiante, passe des heures dans les transports de Paris et de sa banlieue. « Surtout dans le RER et le métro, en fait : j’ai le mal des transports partout ailleurs. » Elle en profite pour aller vers les autres, « ceux qui ont une bonne tête », pose quelques questions, prends une photo et dresse sur son blog un portrait témoin de cette rencontre éphémère. « C’est succinct, parce qu’en moyenne, je n’ai que six minutes pour parler avec les gens avant qu’ils ne changent de métro. »

« Vous descendez à quelle station ? »

Ce jour-là, Marie s’essaie à la ligne 11. « C’est ma première fois sur ce trajet, s’amuse-t-elle. Je suis plutôt une grande fan du RER A. » L’idée de discuter avec son voisin de métro la taraude depuis longtemps. « Un jour, une collégienne s’est postée en face de moi, m’a demandé mon nom, ce que je faisais dans la vie et si je pouvais lui trouver un stage. Je me suis dit que si elle pouvait faire ça, je le pouvais aussi. » Le rituel d’approche est invariable : « Bonjour. Vous descendez à quelle station ? » Les refus sont nombreux, mais toujours cordiaux. « Cette dame avait peur de se retrouver sur Internet. Lui, là-bas, il n’avait pas trop le temps. » Il faudra sept échecs avant que Jérémy, plongé dans un roman, accepte de discuter avec cette drôle d’inconnue. Suivront Anastazio, Mathilde et Stéphanie… Pas moins de six portraits en un après-midi. Un vrai sacerdoce, qui ne fait qu’amuser Marie Dinkle. « Non, je ne gagne rien et ne veux rien gagner avec ça. Sauf si la RATP souhaite m’offrir un Pass Navigo gratuit : je suis preneuse ! »

Tiphaine Réto © 20minutes Rubrique Grand Paris

http://linconnudumetro.wordpress.com/

PhotoVoice : le poids des maux, la vérité des photos

Dimanche, août 10th, 2008

Retourner l’objectif. C’est la mission que s’est donnée l’association caritative britannique PhotoVoice qui, depuis dix ans, monte des projets photographiques avec les laissés-pour-compte de la planète.

Femmes atteintes du sida en République démocratique du Congo, travailleuses du sexe à Londres ou enfants des rues en Afghanistan, ceux qui sont habituellement sujets de reportages photographiques peuvent dorénavant en être les auteurs.

« La photo est l’art le plus universel et le plus facile d’accès, explique Nic Pursey, salarié de l’association. Elle donne une voix à ceux que l’on n’entend pas et leur permet d’exprimer par eux-mêmes leur façon de vivre. »

Née de l’amitié de deux étudiantes en anthropologie, Anna Blackman et Tiffany Fairey, PhotoVoice a déjà mené plus d’une vingtaine de projets à travers la planète. Sans compter ceux d’organisations non gouvernementales (ONG) ou de partenaires locaux que soutient l’association.

« Un millier de personnes, encadrées par des photographes professionnels, ont directement bénéficié de ces actions, reprend M. Pursey. Grâce aux histoires que racontent les clichés des participants, ce sont des communautés entières qui parviennent aux yeux du monde. »

Impossible, pourtant, de chiffrer la véritable portée de ces initiatives, soutenues par certains des plus grands photographes contemporains, tels que Sarah Moon ou Sebastiao Salgado.

COMMERCE ÉQUITABLE

Sur le site de l’association, les images de la solitude d’Adam, fils de prisonnier en Afrique du Sud, ou les étonnements d’Ivano, réfugié à Londres, relaient avec poésie et vérité le quotidien de ces oubliés.

« Ces expériences photographiques sont aussi un prétexte pour redonner de la force à des populations défavorisées, affirme Shailesh Kataria, directeur de PhotoVoice. En parallèle, nous travaillons avec eux sur ce que nous appelons les « compétences douces » : la confiance en soi et la capacité à communiquer. »

L’occasion d’un déclic, pour retrouver courage et envie de vivre. Et un moyen, parfois, de gagner sa vie en suscitant de nouvelles passions. « Certains des bénéficiaires s’établissent ensuite comme photographes de studio, confirme M. Pursey. Cependant, cela ne leur apporte qu’un petit revenu supplémentaire. »

Pour accroître les retombées financières de ces projets, PhotoVoice travaille à la mise en place d’archives étiquetées « commerce équitable ». « A chaque photo vendue, la moitié de la somme récoltée sera reversée à son auteur, annonce M. Pursey. L’autre moitié servira à la mise en place de nouveaux projets. »

Tiphaine Réto, © Le Monde – Publié le 10/08/2008

www.photovoice.org

Where the hell is Matt met le monde au pas (de danse)

Samedi, août 2nd, 2008

Matt Harding s’est filmé à danser tout autour de la planète. Ses vidéos ont conquis des millions d’internautes.

La meilleure façon de danser, c’est encore la sienne. Celle de Matt Harding, 31 ans, Américain du Connecticut et concepteur de jeux vidéo. Matt, « l’homme qui danse sur Internet ».

Que les amateurs de ballet ne s’y trompent pas : le pas de gigue de Matt n’a rien du grand art. Sur la Toile, il est pourtant devenu presque aussi célèbre que le « moonwalk » de Michael Jackson. Sa dernière vidéo, où on le voit danser dans les endroits les plus improbables du monde, a été regardée plus de 8 millions de fois rien que sur YouTube. Et sur son site, Wherethehellismatt.com (que l’on pourrait traduire par « Où diable est passé Matt ? »), les messages laissés dans toutes les langues continuent d’affluer.





Un buzz phénoménal pourtant parti de rien. En 2003, Matt Harding quitte son travail pour se lancer dans un tour d’Asie. De passage à Hanoï, un ami lui propose de le filmer en train de danser. « Il faisait référence à cette danse un peu spéciale que j’ai inventée, explique-t-il sur son site. La seule, en réalité, dont je suis capable. »

Matt trouve l’idée séduisante. Sans musique, bras et jambes en rythme, il continuera de se filmer tout au long de son périple. De retour aux États-Unis, il met en ligne un montage de ses « souvenirs dansés ».

DU MACHU PICHU AU BOTSWANA

La vidéo passe rapidement d’ordinateur en ordinateur, jusqu’à parvenir sur les bureaux de Stride Gum. Séduit, le fabricant de chewing-gums propose de subventionner le danseur amateur pour un tour du monde. Pendant six mois, du Machu Pichu péruvien aux geysers d’Islande, l’Américain reprend sa performance. Sans grande mise en scène ni gros effet. Mais en arrière-plan, les plus beaux sites de la planète défilent sur fond de musique du monde. Au milieu des morses des Shetland ou des éléphants du Botswana, la danse un peu spéciale de Matt Harding fait voyager des milliers d’internautes.

Un passage au Rwanda donne un tournant à l’aventure. En pleine représentation dans un village, une dizaine d’enfants des rues se joignent à lui, transformant le solo de danse en farandole. Matt Harding décide alors qu’il ne fera plus ses prestations seul. « A cet instant, j’ai réalisé que me regarder danser perdrait vite de son charme. Les nouveaux clips font appel à d’autres émotions. Toutes ces personnes différentes faisant la même chose… »

Papous de Nouvelle-Guinée, artistes de Guargon en Inde, spationautes du Nevada, foules d’admirateurs ou simples badauds à Paris, Montréal, Singapour ou Jérusalem… Plus de 2 000 personnes ont accompagné « l’homme qui danse sur Internet ». Et qui prouve, finalement, que le monde est plus beau quand il n’est pas que virtuel.

Tiphaine Réto, © Le Monde – Publié le 02/07/2008

Foolstrip dessine le visage de la BD de demain

Vendredi, juillet 18th, 2008

Lancé en septembre 2007, ce site est le premier à donner une politique éditoriale au neuvième art sur la Toile.

Voilà de quoi regonfler la « bulle » Internet. Depuis septembre 2007, Foolstrip, jeune maison d’édition en ligne, propose une collection de bandes dessinées numériques. Une première en France depuis l’épanouissement du neuvième art sur la Toile. « A travers les blogs d’auteurs, la BD fait aujourd’hui partie du paysage Internet », observe Vincent Demons, directeur général de Foolstrip. « Pourtant, assure-t-il, le secteur reste encore très peu professionnalisé. »

Bien rares, en effet, sont les illustrateurs qui parviennent à percer sur la Toile. Quant aux sites qui hébergent des « webcomics » (c’est-à-dire des bandes dessinées Internet), aucun ne propose encore de réelle politique éditoriale. « Notre vo lonté est au contraire de repérer des auteurs, de les promouvoir et de les rémunérer pour leur travail comme le font toutes les maisons d’édition traditionnelles », explique Anthony Maréchal, président de Foolstrip .

Comme les autres donc et pourtant si différent. Car, en faisant le choix d’Internet, Foolstrip abandonne du même coup la publication « papier » pour miser entièrement sur l’essor du numérique. « Pour nous, il est évident que c’est là qu’est l’avenir de l’édition, reprend Vincent Demons. Ça s’est passé comme ça pour la musique, pour les films ; ça devrait être pareil pour la bande dessin ée. » Et de parier, notamment, sur le développement des supports de lecture nomades, tels que l’e-book, de Macintosh. « La France est encore en retard, mais au Japon et aux Etats-Unis, les catalogues numériques sont déjà très développés », précise-t-il.

Case marquante

Exit donc, les lourdes collections cartonnées : les planches et strips des dix premiers auteurs du vivier Foolstrip sont presque exclusivement consultables et téléchargeables en ligne. « Nous avons tout de même fait une version imprimée à 1 000 exemplaires de «Mon chat et moi» de Kek, l’un de nos succès, pour nous faire connaître ailleurs que sur la Toile, reconnaît Vincent Demons. Mais la version papier doit rester au rang des produits déri vés. »

Un pari technique qui pourrait assurer la viabilité de la jeune maison dans le monde de l’édition. En 2007, sur les 254 éditeurs du marché, seuls 17 ont produit les trois quarts des 3 312 nouveautés du neuvième art. « Avec la publication Internet, nous pouvons aussi toucher un autre public, s’enthousiasme le directeur. Un lectorat plus technologique et plus universel. »

En proposant des versions traduites de ses « webcomics » en anglais, en allemand et, prochainement, en espagnol, en chinois et en japonais, Foolstrip entend déjà faire sortir la bande dessinée franco-belge de ses frontières. Et faire de la « bd 2.0 » la case marquante de l’édition.

Tiphaine Réto, © Le Monde – Publié le 18/07/2008

Lancement d’Europe 1 Sport

Lundi, juin 30th, 2008

Depuis le 2 juin, la nouvelle radio du groupe Lagardère émet en région parisienne sur 99,9 FM.

Europe1Sport 004.JPG

Quelques fils électriques traînent encore au sol. Les bureaux ne sont pas encore tout à fait attribués et on s’installe parfois où l’on peut pour répéter avant la prise d’antenne. Mais dans le studio flambant neuf, le signal « On Air » est allumé.

Depuis le 2 juin, 5 h 58, Europe 1 Sport occupe les ondes. « Ça a été une opération commando pour démarrer dans les temps », reconnaît Olivier Beneuf, directeur général de la station. Trois semaines pour reprendre la fréquence de Sport Mx, détenue par le groupe Contact, et mettre sur pied la petite soeur d’Europe 1, une station entièrement dédiée au sport. « Europe 1 a toujours parié sur le sport, rappelle Olivier Beneuf. En 1996, c’était la première à faire une grosse émission sportive, avec Eugène Saccomano. » Objectif : créer, sur cette radio francilienne, un nouveau ton « plus convivial et moins péremptoire » pour parler de tous les sports.

La pression est palpable aux portes du studio. Pierre Fulla et Isabelle Severino révisent leurs fiches en tirant sur leurs cigarettes. L’ancien champion d’haltérophilie, commentateur sportif de longue date sur France 2, et la jeune championne de gymnastique présentent en tandem la « Fulla Academy », du lundi au vendredi, de 13 heures à 16 heures. « Pour la première émission, j’étais tellement stressée que mon cerveau surchauffait, sourit Isabelle Severino. On aurait dit le circuit de Magnicourt ! »

« Du ton à adopter au micro à la manière de conduire nos conférences de rédaction, on a tout à inventer », explique Manon Calais, 23 ans, l’une des douze journalistes d’Europe 1 Sport. A la rédaction comme à la réalisation, les équipes sont jeunes. Derrière les micros, les voix rodées de dix animateurs plus expérimentés assurent la crédibilité de la nouvelle antenne. « Les temps dorés de la FM sont derrière nous. Créer une nouvelle radio, il fallait oser », reconnaît Bruno Roger-Petit, qui tient la tranche du « 9-13 » de la semaine.

Avec une grande soeur comme Europe 1, il est certes plus facile de se faire rapidement une place sur les ondes. D’autant plus que si la station 100 % sport se veut indépendante de la généraliste, les deux radios devraient se compléter dans les programmes sportifs et dans les équipes de terrain. « Dans un premier temps, c’est en étant adossé à Europe 1 qu’on va se nourrir, reconnaît Olivier Beneuf, mais je pense qu’on arrivera très vite à lui renvoyer la pareille. »

Ciblant un public plus jeune, Europe 1 Sport sert aussi de laboratoire au groupe Lagardère en attendant la prochaine bataille de la radio numérique, début 2009. Un créneau sur lequel la nouvelle déclinaison d’Europe 1 sera en concurrence avec RTL (associée au quotidien L’Equipe) et avec RMC Info.

Tiphaine Réto, © Le Monde – Publié le 02/07/2008

Interview de Thierry Clopeau, directeur des sports des antennes d’Europe 1.

« Europe 1 Sport sera notre fer de lance pour la radio numérique »

Quelle est votre ambition pour Europe 1 Sport ?

Nous voulons être le France Info du sport… en moins chiant. Notre colonne vertébrale reste l’information, avec des flashs sportifs toutes les 15 minutes. L’info doit y être sérieuse. Mais le sport est avant tout un spectacle et doit garder un côté ludique. C’est pour ça qu’une grande place est donnée aux talk-shows. Il faut qu’Europe 1 Sport soit populaire, de qualité, mais jamais populiste.

Comment imposer cette identité dans le paysage radiophonique ?

Il faut lui faire incarner le sport. C’est pour ça que nous avons mis à l’antenne des têtes d’affiche tel que Max, Bruno Roger-Petit ou Didier Roustan, et des sportifs, comme Pierre Fulla (ancien champion de France d’haltérophilie) et Isabelle Severino (championne de France et d’Europe de gymnastique) ! Ce sont eux qui connaissent le sport de l’intérieur. Ce sont eux qui donneront du corps à l’antenne.

Europe 1 Sport est aujourd’hui sur une fréquence locale, uniquement francilienne (99.9). Comment envisagez-vous l’avenir ?

Nous n’avions pas envie de n’avoir qu’une radio web comme RTL-L’équipe. Cette fréquence locale nous donne quand même un potentiel de 20 millions d’auditeurs sur le bassin parisien. Ce n’est pas à négliger. Mais l’objectif du groupe Lagardère est de faire d’Europe 1 Sport le fer de lance de la future radio numérique. Nous participerons, en octobre à l’appel d’offre des 19 villes candidates au numérique. Nous ne serons sans doute pas les seuls et, alors que nous ne sommes aujourd’hui que des challengers face, notamment, à RMC, c’est là que commencera la vraie concurrence entre radios sportives.

Recueillis par T.R.

Les enfants, des auditeurs exigeants

Lundi, mai 5th, 2008

La télévision leur consacre des chaînes entières. La presse leur crée des magazines. L’édition leur conçoit des livres. Tour d’horizon des derniers bastions des émissions enfants sur les radios généralistes.

Pour elles, il s’agit d’une évidence. « Faire des émissions pour enfants, c’est donner le meilleur. » Noëlle Breham sur France Inter, Dominique Boutel sur France Musique et Aline Pailler sur France Culture. Trois femmes, trois styles, trois émissions, mais une même envie : inclure les plus petits dans le monde des radios généralistes.

Difficile de mesurer l’impact de leur travail. La part d’audience des moins de 13 ans n’est pas mesurée par Médiamétrie. « Il ne faut pas rêver, reconnaît Noëlle Breham. Les enfants n’écoutent la radio que parce que leurs parents l’écoutent. » Son émission, « Les P’tits Bateaux », qui fait intervenir des spécialistes pour répondre aux questions des jeunes auditeurs, enregistre pourtant un taux d’écoute impressionnant. Diffusée le dimanche soir, de 19h30 à 20h, son audience jusqu’en décembre 2007 dépassait celles de RTL, Énergie et Europe 1 réunies.

Une curiosité insatiable

Un succès qui se travaille en amont. « Nous recevons plus de cent questions par semaine. Pour chaque réponse nous cherchons toujours la personne qui fait référence dans son domaine. Les enfants sont en formation intellectuelle : il faut à tout niveau leur donner de la grande qualité. » Pour autant peut-on parler de tout avec les plus petits ? « Évidemment, rétorque Dominique Boutel. Les enfants ont justement une curiosité insatiable. Ils sont sans a priori culturel et n’ont jamais peur de s’interroger. » Avec « Keske », diffusé chaque mercredi à 13h15, la productrice accompagne les jeunes dans leur découverte de tous les types de musique. Et pas question pour elle de les considérer avec hauteur : « Cela ne sert à rien de parler bébé. Les enfants parlent notre langue. Pour conserver l’attention des petits, ce qui compte c’est le rythme. » Même secret pour « Les P’tits bateaux » : les émissions se morcellent en discussions de trois minutes, les sujets varient et les intervenants se succèdent.

Pour Aline Pailler, qui présente « Jusqu’à la lune et retour », chaque samedi, de 18h30 à 19h sur France Culture, la question est moins cruciale. L’émission s’adresse aux parents pour les guider dans le monde de la littérature enfantine. La productrice rêverait pourtant de consacrer un programme entier à la jeunesse. « J’ai même participé à un projet de création de radio associative pour les enfants. Mais l’aventure a capoté avant d’arriver à terme. » En cause : un refus du CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) d’octroyer une fréquence à ce projet non-commercial. « De toutes façons, créer une radio pour enfant, qui place la pédagogie, la poésie et l’éveil au cœur de l’écoute, cela ne peut venir que d’une volonté publique, reprend Aline Pailler. Reste à savoir si cette volonté existe… »

Tiphaine Réto © Le Monde – Publié le 02/07/2008

« Il a fallu se battre pour imposer la fiction pour enfants »

Lundi, mai 5th, 2008

« La fiction radiophonique pour enfant est un espace de création illimité. » Françoise Gerbaulet sait de quoi elle parle. Auteure de pièces pour la jeunesse, elle a longtemps écrit pour la tranche des fictions enfantines de France Culture. Aujourd’hui vice-présidente aux affaires radiophoniques de la Société des gens de lettres, elle continue de défendre ce genre. « A l’heure du tout image, qu’y a t-il de mieux pour libérer l’imaginaire des jeunes que de leur raconter des histoires ? »

Raconter des histoires, c’est la fierté historique de France Culture. Sur sept heures de programmes de fiction par semaine, la chaîne alloue une demi-heure de création pour le « jeune public », chaque dimanche, de 17h30 à 18h, avec Enfantines. « Il a fallu se battre pour introduire une forme dramatique pour enfants», se souvient Nelly Lenormand, instigatrice des premiers programmes du genre. Si dès 1988, Alain Trutat, cofondateur de France Culture, se laisse tenter par un ensemble d’émissions à destination des plus jeunes, il faut attendre 1992 pour que les mythiques Histoires du Pince-Oreille s’imposent sur les ondes. L’émission changera plusieurs fois de noms et d’objectifs, oscillant entre le tout imaginaire et le très pédagogique, mais la fiction pour enfant est née. Et souhaite se revendiquer.

« Les dramatiques sont un vrai vivier d’auteurs », reprend Françoise Gerbaulet. De Jean-Claude Grumberg à Georges Moustaki, de grandes plumes se sont confrontées au genre, y faisant même, comme Fabrice Melquiot, leurs premiers pas d’écrivains. « En moyenne, une vingtaine de personnes écrivent chaque année pour Enfantines, résume Caroline Ouazana, conseillère littéraire de l’émission. Notre envie est de varier au maximum les écritures pour ne jamais installer l’auditeur dans une habitude et pour lui faire découvrir le plus d’univers possible. »

Mais avec une demi-heure par semaine, la fiction pour enfants peut-elle vraiment s’imposer ? Hormis France Culture, les radios ont cédé très rapidement le genre à la télévision. « Pourtant en développant ces fictions, on pourrait accrocher de nouveaux auditeurs, rétorque Yves Nilly, premier vice-président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. Ils découvriraient que la radio n’est pas qu’information. » Difficile pourtant d’étendre les programmes : « Ce n’est pas si simple, explique Blandine Masson, coordinatrice des fictions de France Culture. Créer de nouveaux espaces comme Enfantines demanderait de supprimer d’autres émissions sur la chaîne. »

Seule solution : amorcer la révolution internet, bloquée aujourd’hui par des problèmes de droits d’auteurs. « L’avenir de la fiction passe par le téléchargement libre, affirme M. Nilly. En Allemagne ou en Angleterre, il permet à la création dramatique de se renouveler et les fictions, notamment pour enfants, remportent un réel succès. »

Tiphaine Réto.

Ondes de nuit sur France Inter

Lundi, avril 28th, 2008
2074352067.jpg

La radio généraliste de service public est une des seules à poursuivre le direct la nuit. Un parti pris pour prendre le temps de la liberté et de la confidence.

Minuit quarante-cinq, sur les bords de Seine. « Allô la planète », l’émission interactive et internationale d’Eric Lange, s’achève entre Shanghaï et Hanoï. Là-bas, le jour naît. Ici, c’est la nuit. Dans les couloirs de France Inter, les bureaux se sont vidés depuis longtemps, mais on y décèle encore de l’activité. Car Inter est une des seules stations à proposer des programmes en direct d’un bord à l’autre du jour. De une heure à cinq heures, la nuit durant, deux Serge prennent les rênes de « Sous les étoiles exactement » : au micro, Serge Levaillant ; aux manettes, Serge Gandon, son réalisateur.

En studio, la lumière tamisée rappelle l’heure avancée, mais l’énergie du direct reste tangible. Une obligation, pour le producteur de l’émission. « Les gens qui écoutent n’ont pas envie qu’on leur rappelle qu’ils ne dorment pas, explique Serge Levaillant. D’autant qu’aujourd’hui, parler d’une émission « de nuit », ça ne veut plus rien dire. » Il réajuste ses lunettes sur le dessus de son crâne. « Quand j’ai commencé, je parlais pour les boulangers et les éboueurs. Aujourd’hui, il y a plus de 400 métiers de nuit. Sans compter Internet, qui permet à des familles de nous écouter en déjeunant, aux Etats-Unis. » Impossible, en fait, de connaître la part d’audience des émissions de nuit, puisque Médiamétrie arrête ses baromètres entre minuit et cinq heures. « On estime nos auditeurs à quelques dizaines de milliers sur cette tranche horaire, avance Frédéric Schlesinger, directeur de France Inter. Mais à cette heure-là, la part d’audience importe peu. »

Il est 1h30 et le chanteur Louis entame quelques morceaux live. Chaque année, près de 650 artistes défilent dans le studio pour la première heure de l’émission. « C’est important d’avoir toujours du direct sur les ondes, affirme Serge Gandon. Cette présence est aussi la mission du service public. » Une mission revendiquée par la direction. « Etre-là la nuit fait partie de l’histoire de France Inter, rappelle Frédéric Schlesinger. Ca fait plus d’une décennie que « Sous les étoiles exactement » est installée sur les ondes, et il n’est pas question de changer. »

A deux heures tapantes, Mickaël Thébaut entre en studio pour son premier flash. Trois minutes d’info préparées en solo à l’étage supérieur. Place ensuite à la rediffusion de « 2000 ans d’histoire ». Les invités quittent les lieux, et les techniciens s’éclipsent, pour une courte sieste. Serge Levaillant en profite pour peaufiner son « texte », une tranche d’écriture qu’il s’offre chaque nuit, entre 2h30 et 3h. « C’est l’avantage de la nuit, explique Serge Gandon. On est totalement libre de dire et faire ce qu’on veut. » Pas question pour lui de revenir à des horaires « normaux ». « Le prime-time, c’est la gloire. Mais la nuit, c’est le seul moment où j’ai vraiment l’impression de « faire de la radio ». Montage d’émissions, assemblage de sons, direct… On fait tout. Tranquillement. ».

Trois heures, les journalistes de la matinale arrivent à la rédaction. L’ambiance reste feutrée. Au studio 61, le réalisateur de « Sous les étoiles exactement » lance l’enregistrement d’une interview de Jean-Louis Trintignant, réalisée dans l’après midi. « La nuit, précise-t-il, c’est aussi le moment de la rencontre. Tout va plus lentement. On a le temps de discuter avec les gens. »

Quatre heures. C’est l’heure de la rediffusion de « Sur la route », l’émission musicale de Laurent Lavige. Au septième étage, c’est surtout l’heure de la conférence de rédaction, pour préparer les journaux du matin. Sous la houlette de Patrick Cohen, rédacteur en chef, les journalistes font le point. Et en une heure, les couloirs de France Inter s’animent peu à peu. Les deux Serge quittent le navire. Il ne fait pas encore jour, mais sur les ondes, déjà, la nuit s’est évanouie.

Tiphaine Réto, © Le Monde – Publié le 02/07/2008

« Faire de la radio la nuit, c’est une vraie profession de foi »

Lundi, avril 28th, 2008

274171335.jpg

Auteur, animateur, homme de radio, découvreur de talents… Serge Levaillant ne sait plus se décrire lui-même. « Gardien de nuit », avance-t-il, avant de se raviser. Car la nuit, il ne la garde pas. Il la partage.

Cet amoureux de la mer, ancien officier de la marine marchande, guide les noctambules sur les remous de la chanson française. De une heure à cinq heures du matin, de la nuit du mardi au mercredi à la nuit du vendredi au samedi, il assure sans faillir, depuis 1997, la relève des ondes dans « Sous les étoiles exactement ». De Bénabar à Jeanne Cherhal, de Grand Corps malade à Renan Luce… Pas un qui ne soit passé par son émission, avant d’être reçu ailleurs. « Je me souviens de Camille. Elle était encore étudiante à Science Po quand je l’ai reçue au micro. Et aujourd’hui, elle a le prix Constantin ! » Sur internet, le profil MySpace de Serge Levaillant fait désormais référence dans le monde de la musique. Son secret ? « Je prends le temps de tout écouter et de tout lire, répète-t-il en montrant d’un geste les étalages de disques rangés sur son bureau. Après… C’est du feeling. »

L’homme dort peu, mais s’en moque. « Faire de la radio la nuit, c’est une vraie profession de foi. » A 49 ans, il ne cesse de s’émerveiller à chaque rencontre, chaque découverte. « Il y a tellement de gens bien ! Mais qui connaît Marcel Kanche ou Les Doigts de l’homme ?… Moi. Et c’est aussi pour eux, pour les faire connaître, que je suis fier de bosser ici ! ».

Et pas question de s’arrêter. « Mon rêve serait de faire une émission qui dure de minuit à six heures ! Avec des jeunes, passionnés par la radio, à qui je laisserais carte blanche. » De quoi assurer le quart pour les nuits à venir.

Tiphaine Réto

Des moteurs de recherche lancent le clic humanitaire

Jeudi, avril 3rd, 2008
L’argent rapporté par les publicités de ces portails est reversé à des ONG

En quelques clics, peut-on lutter contre la faim dans le monde ? C’est le pari lancé par différentes associations et entreprises de jeunes internautes. Alors que le géant Google affiche un chiffre d’affaires de 16 milliards de dollars pour 2007, de petits moteurs de recherche se développent pour utiliser l’argent généré par la publicité sur Internet à des fins humanitaires.

Le principe est simple : plutôt que de conserver la manne financière des annonceurs, les sites hébergeurs solidaires la redistribuent à des ONG. Pas besoin, pour l’internaute, de mettre la main au porte-monnaie. Il lui suffit de changer de moteur de recherche. Plus la fréquentation d’un portail est importante, plus la cagnotte s’accroît. « Nous transformons le temps de recherche en argent humanitaire », résume Nicolas Desmaret, président de l’association Doona.

Créée en 2006 par trois lycéens, Doona est à l’initiative de l’Internet solidaire. Son moteur de recherche, www.doona.fr, reverse l’intégralité de ses revenus à trente-trois associations partenaires, choisies par un vote des internautes. Non lucratif, le site a attiré de grosses entreprises. Il est désormais soutenu par Exalead, premier moteur de recherche français, et par l’américain Mégaglobe, qui lui fournissent techniques et données. « Nous n’en tirons absolument rien, affirme François Bourdoncle, PDG d’Exalead. Mais le projet me paraissait tellement insensé qu’il m’a plu. »

Insensé ? Pas tant que ça. Car si Doona souhaite garder sa modestie en restant associatif, d’autres ont suivi le mouvement pour développer un vrai charity business. VeoSearch, lancé par une équipe de jeunes diplômés d’HEC, qui travaille essentiellement avec Yahoo, a préféré la version entrepreneuriale de l’action Web solidaire. Fondée sur trois piliers, l’environnement, l’économie et le social, la petite société fait son trou sur la Toile. « Notre chiffre d’affaires a atteint 21 500 euros en mars, détaille Guillaume Heintz, son fondateur. Nous en reversons la moitié à des associations partenaires. » Un chèque de 1 394 euros a ainsi permis à France Libertés de construire un accès à l’eau en Bolivie.

L’argent conservé sert au développement de l’entreprise. Mais pas question pour ses concepteurs de tomber dans la caricature de la start-up juteuse. « Le développement durable et solidaire n’est pas une mode, explique Arthur Saint-Père, cofondateur de VeoSearch. C’est une nouvelle logique de vie. Et pour les pays développés en mal de croissance, c’est un levier de créations d’emplois. »

Une vision partagée par les quatre membres de l’équipe, tous âgés de moins de 25 ans. « Pour nous, gagner de l’argent est un cercle vertueux, justifie M. Heintz. Si on peut payer des gens avec les revenus du site, on peut continuer à le développer et à l’améliorer… Et donc rapporter de l’argent aux ONG. »

Et la formule fonctionne. La fréquentation du site, lancé en janvier, frôle les 15 millions de recherches. En partenariat avec les bases de données de Yahoo!, VeoSearch parvient à apporter sa contribution à de grosses associations telles que WWF ou Handicap International. Une nouvelle version du site a été mise en ligne en mars afin de « fonctionner sur un principe plus communautaire, en mettant en réseau les utilisateurs du moteur ». Et continuer, ainsi, à tisser la toile du solidaire.

Tiphaine RETO, © Le Monde – Publié le 02/07/2008

liens : www.doona.fr et www.veosearch.com