Matt Harding s’est filmé à danser tout autour de la planète. Ses vidéos ont conquis des millions d’internautes.
Que les amateurs de ballet ne s’y trompent pas : le pas de gigue de Matt n’a rien du grand art. Sur la Toile, il est pourtant devenu presque aussi célèbre que le « moonwalk » de Michael Jackson. Sa dernière vidéo, où on le voit danser dans les endroits les plus improbables du monde, a été regardée plus de 8 millions de fois rien que sur YouTube. Et sur son site, Wherethehellismatt.com (que l’on pourrait traduire par « Où diable est passé Matt ? »), les messages laissés dans toutes les langues continuent d’affluer.
Un buzz phénoménal pourtant parti de rien. En 2003, Matt Harding quitte son travail pour se lancer dans un tour d’Asie. De passage à Hanoï, un ami lui propose de le filmer en train de danser. « Il faisait référence à cette danse un peu spéciale que j’ai inventée, explique-t-il sur son site. La seule, en réalité, dont je suis capable. »
Matt trouve l’idée séduisante. Sans musique, bras et jambes en rythme, il continuera de se filmer tout au long de son périple. De retour aux États-Unis, il met en ligne un montage de ses « souvenirs dansés ».
DU MACHU PICHU AU BOTSWANA
La vidéo passe rapidement d’ordinateur en ordinateur, jusqu’à parvenir sur les bureaux de Stride Gum. Séduit, le fabricant de chewing-gums propose de subventionner le danseur amateur pour un tour du monde. Pendant six mois, du Machu Pichu péruvien aux geysers d’Islande, l’Américain reprend sa performance. Sans grande mise en scène ni gros effet. Mais en arrière-plan, les plus beaux sites de la planète défilent sur fond de musique du monde. Au milieu des morses des Shetland ou des éléphants du Botswana, la danse un peu spéciale de Matt Harding fait voyager des milliers d’internautes.
Un passage au Rwanda donne un tournant à l’aventure. En pleine représentation dans un village, une dizaine d’enfants des rues se joignent à lui, transformant le solo de danse en farandole. Matt Harding décide alors qu’il ne fera plus ses prestations seul. « A cet instant, j’ai réalisé que me regarder danser perdrait vite de son charme. Les nouveaux clips font appel à d’autres émotions. Toutes ces personnes différentes faisant la même chose… »
Papous de Nouvelle-Guinée, artistes de Guargon en Inde, spationautes du Nevada, foules d’admirateurs ou simples badauds à Paris, Montréal, Singapour ou Jérusalem… Plus de 2 000 personnes ont accompagné « l’homme qui danse sur Internet ». Et qui prouve, finalement, que le monde est plus beau quand il n’est pas que virtuel.
Tiphaine Réto, © Le Monde – Publié le 02/07/2008