Vingt-sept listes pour treize sièges. Le vote a beau être national, les résultats des élections européennes de dimanche sont particulièrement attendus en Ile-de-France. C’est dans cette circonscription, la seule qui coïncide avec une région administrative, que le plus grand nombre de têtes d’affiche se présentent. Tour d’horizon des forces en présence.
Le PS défié par les Verts
Avec 18 % d’intentions de vote, selon un sondage BVA publié mercredi dans Le Parisien, c’est en Ile-de-France que le Parti socialiste pourrait faire son plus mauvais score. Au point que Benoît Hamon, numéro 3 de la liste, n’est pas assuré de pouvoir siéger à Strasbourg. La raison principale : l’émiettement des voix de gauche, notamment au profit des Verts, crédités de 16 %. Ceux-ci, d’ailleurs, ne cachent plus leur espoir de battre le PS à Paris intra-muros grâce à un fort électorat bobo. Clé de cet engouement : la personnalité de Daniel Cohn-Bendit, tête de liste, qui « n’a déposé aucun rapport durant la dernière session » parlementaire, a rappelé hier Benoît Hamon. Au PS, certains dénoncent aussi le choix d’Harlem Désir, personnalité effacée, en numéro 1. « Le casting de notre liste est mauvais », grogne un responsable. « Dans les quatre premiers de la liste, il y a deux ouistes et deux nonistes [au référendum sur le texte constitutionnel]. L’Ile-de-France est pourtant la région qui a voté oui le plus largement. » Reste qu’un Francilien sur deux, tenté de voter Verts, se dit susceptible de voter PS.
Une UMP en force
Avec 30, 5 % d’intentions de vote, l’UMP s’imposerait largement dans la région. Malgré la faible cote de popularité du chef de l’Etat, la majorité serait épargnée par le vote-sanction : 59 % des Franciliens déclarent ne pas vouloir voter en fonction du gouvernement. « La présidence française de l’Union européenne nous a été très favorable », précise Philippe Juvain, 5e candidat sur la liste UMP. Autre atout pour le parti, celui d’une composition de liste savamment orchestrée : « Entre Michel Barnier et Rachida Dati, l’UMP a mis en avant, en Ile-de-France, deux de ses principales stars », observe Gaël Slimane, directeur adjoint de l’institut BVA. Une observation à peine tempérée par la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, Rama Yade : « C’est la légitimité européenne de Michel Barnier qui est l’atout principal de la liste. »
Le MoDem, grand perdant ?
Plus question, pour l’instant, de jouer le troisième homme entre gauche et droite. 11 % seulement d’intentions de vote placent le MoDem loin derrière la liste des Verts. « La perméabilité est forte entre les électeurs du MoDem et des écologistes, précise Gaël Sliman. François Bayrou, qui a fait une campagne centrée sur lui, Nicolas Sarkozy et la France, a pu décevoir son coeur d’électorat particulièrement europhile. » Le ton entre François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit est monté vivement hier soir. Le premier a demandé à son rival d’« assumer ses écrits » sur la sexualité des enfants, tandis que l’autre l’a traité de « minable ».
Le Front de gauche tire son épingle du jeu
Alors qu’au niveau national, NPA et Front de gauche restent au coude-à-coude, l’Ile-de-France voterait à 7 % pour la coalition de Jean-Luc Mélenchon et du PCF. Un résultat deux fois plus élevé que le parti d’Olivier Besancenot. Mais les jeux ne sont pas faits : toujours selon Gaël Sliman, « Benoît Hamon bénéficie d’une grande popularité à l’extrême gauche ».
La droite de la droite dans les choux
77 % des voix de droite se concentrent sur l’UMP. De quoi laisser le FN, la liste villiériste Libertas et la candidature de Nicolas Dupont-Aignan au rang des marginaux. L’Ile-de-France n’est pas historiquement une terre d’extrême droite. Surtout que les têtes de liste des trois partis sont peu connues.
Des micropartis quasi inexistants
Cannabis sans frontières ou Europe décroissance… Chaque élection amène son lot de partis indépendants. Réunis, ils ne dépassent pas les 4 % d’intentions de vote. La liste antisioniste de Dieudonné pourrait ne pas dépasser 0,5 % des suffrages, contre les 3 % espérés. « La cible à laquelle s’adresse Dieudonné est une catégorie populaire qui se déplace très peu pour voter », note Gaël Sliman.
Alexandre Sulzer et Tiphaine Réto © 20minutes-Rubrique Grand Paris