L’émission quotidienne « Allô la planète », présentée par Eric Lange, permet aux auditeurs de France Inter éparpillés dans le monde entier de s’organiser en réseau d’amitié et d’entraide.
« Café du commerce ? » L’expression ne plaît guère à Eric Lange. « Disons plutôt que c’est un grand dîner de famille. Une famille éparpillée aux quatre coins de la planète et qui se retrouve chaque soir pour parler du monde comme il va. » Le présentateur de France Inter n’en est pas peu fier : avec « Allô la Planète, » diffusé du lundi au vendredi, de 23 h à 1h du matin, il pense avoir créé « la première émission mondiale de proximité ».
Depuis deux ans, ce programme réunit les auditeurs de la planète Inter. De Pékin à Moscou, de Vierzon à New-York, « des personnes très loin géographiquement utilisent un ton finalement très intime pour se parler. » Débat d’idées sur le développement économique en Russie, récit de vie en Bolivie ou périple en moto au Kazakhstan… Les sujets se succèdent sur les ondes et se prolongent sur la toile. « C’est le développement d’internet qui permet le fonctionnement de cette émission, reconnaît le producteur. Les commentaires déposés sur le site ou les discussions sur le forum tournent à bloc. »
Des rendez-vous donnés dans un bistrot de Belgique, des conseils d’installation en Allemagne, des amitiés tissées entre deux bouts du monde : avec « Allô la planète », les exilés, expatriés, globe-trotteurs et rêveurs de tous bords se sont créés un pays bien à eux. « Des histoires, il s’en est passées plein dans les coulisses de l’émission, sourit Éric Lange. En particulier grâce aux « bouteilles à la mer », ce système d’entraide qui s’est rapidement mis en place. » Et d’évoquer, en vrac, le doudou oublié dans un hôtel de Prague par une jeune auditrice et récupéré par une étudiante en Erasmus ou le visa obtenu in extremis pour Séverin, l’historien ivoirien qui risquait de rater un congrès important à Nantes. « Une de nos plus belles sagas, c’est ce gars qui avait rencontré une Colombienne sur internet. Il nous a appelés pour nous parler de son envie de la rejoindre. Mais il hésitait encore… »
Quelques messages d’encouragement sur le site, des conseils laissés en direct, une promesse (tenue) de résidents en Colombie de venir chercher le jeune homme à l’aéroport de Bogota… « Il nous a rappelé quelques temps plus tard : il sortait de l’église. La photo du mariage est sur le site de l’émission. » Mais au delà du recueil de belles histoires, « Allô la planète » se veut surtout être une passerelle entre les énergies. « Le problème de la libre antenne, c’est que les gens appellent pour parler d’eux. Résultat : ça tourne vite en rond, analyse Aneka, assistante de l’émission. Mais les gens qui voyagent ne parlent pas d’eux, ils parlent de ce qu’ils font. »
Les projets humanitaires, écologiques ou culturels fleurissent ainsi sur le terreau de l’émission. « Quand on voit ce que les gens sont capables de faire, on a parfois envie de leur donner un coup de pouce, concède Éric Lange. Mais notre métier est avant tout de les aider à raconter au mieux ce qu’ils vivent pour que d’autres continuent de leur prêter main forte. »
Tiphaine Réto, © Le Monde – Publié le 12-13 octobre 2008

