Posts Tagged ‘France 3’

Une île de cendres et de lumière

Mercredi, mars 29th, 2006

(Critique de Des Racines et des ailes, spécial Sicile, émission diffusée sur France 3 le mercredi 29 mars 2006)

Au sortir d’un long hiver, cap vers le Sud. Pour son 187ème numéro, Des racines et des ailes s’installe à Palerme afin de rayonner à travers toute la Sicile. Trente siècles de civilisations, de conquêtes et de douceur vivre, accrochés à un bout de terre sauvage, éruptive.

Le périple orchestré par Louis Laforge arpente les vestiges du passé et visite les surprises du présent. Joue avec les ombres et les lumières d’une île de soleil. Une fois encore, l’émission pousse les portes scellées et révèle des trésors insoupçonnés.

Première étape du voyage : la Sicile baroque. D’un palais à une église, d’une rue à un marché, l’abondance surgit partout. « La profusion est l’une des caractéristiques les plus typiques de la culture italienne. C’est notre façon de présenter les choses », s’enthousiasme l’historien d’art Sergio Troisi. Stucs, marqueteries, mosaïques, volutes, festons, madones potelées et puttini potelés exhibent ainsi les splendeurs théâtrales d’une île en rivalité permanente avec les forces destructrices de la nature. Car, ici, séismes et éruptions rappellent sans cesse la fugacité de la vie et la fragilité de l’art.

Une fragilité pourtant toute relative. Car en sillonnant les rues calmes, le voyageur s’arrête encore devant les traces de la civilisation hellène. C’est le deuxième volet de l’émission. Un pan d’histoire où Syracuse redevient, sous la plume de Cicéron, « la plus grande et la plus belle des villes grecques ». Eschyle et Sophocle ont joué dans son théâtre, Archimède a combattu dans sa forteresse. Aujourd’hui, Amalia ferme les yeux et « respire encore l’air des siècles passés ».

Les siciliens sont fiers de leur « patrie » et de leur identité. Identité également forgée dans les cendres des volcans. L’étape ultime de cette émission-voyage abandonne donc les marbres des palais pour s’agriper aux roches balsamiques, à l’obsidienne et à la pierre ponce. Des flancs de l’Etna aux grondements du Stromboli, on s’attarde sur ces coulées de lave qui façonnent l’île et fascinent ses habitants.

Tiphaine RETO © La Croix

Passion Patrimoine

Lundi, mai 30th, 2005

Portraits croisés d’hommes et de femmes qui dédient leur vie à des trésors architecturaux

(Critique d’une émission diffusée le 1er juin 2005 sur France 3)

C’est une passion dévorante qui demande un engagement de chaque instant. Laure, 36 ans, avocate, appartient à la quatrième génération des Andoque. La famille est propriétaire de l’abbaye de Fondfroide, près de Narbonne, depuis 1908.
Pour faire vivre cette abbaye privée, parmi les plus importantes d’Europe, Laure et son mari, Nicolas, décident, après trente-cinq ans de vie parisienne, de s’installer entre les murs cisterciens. Et d’abandonner de belles carrières et un luxe citadin pour vivre dans un joyau architectural, sans chauffage ni eau chaude… « On ne raisonne pas de manière rationnelle quand on a la chance d’appartenir à une famille propriétaire d’un monument pareil. »
Pas de raison non plus pour Michèle Lefol. L’agricultrice normande a réalisé son rêve : vivre dans le château de son enfance. Avant, le château de Crosville-sur-Douve, dans la Manche, servait de ferme aux parents de Michèle. Lors de la mise en vente de la bâtisse endommagée, « la sale gamine » de 14 ans s’arrange pour repousser tous les acquéreurs… Pour pouvoir l’acheter elle-même, quelques années plus tard.
Michel Simonin, lui, ne possède pas ; il restaure. Depuis 1992, ce « pompier du patrimoine » organise des chantiers de réinsertion. Avec l’aide de chômeurs, d’anciens SDF et d’ex-délinquants, il permet aux villages de l’Aveyron de conserver leurs racines architecturales. Une passion au service de l’autre pour que « la pierre consolide les hommes ».
François Guillaume a suivi ces trois aventures atypiques sur plusieurs mois. Il montre les difficultés des uns et des autres à faire vivre leur bien. Recherche de fonds pour la restauration et l’entretien, lutte contre l’oubli et le désintéressement du public, dépense d’énergie pour assouvir une passion…
Les trois portraits sont touchants. Au point de mériter chacun un reportage à part entière. Car, à croiser ainsi plusieurs histoires et plusieurs vies, François Guillaume réalise un documentaire qui finit par traîner en longueur. Et il n’y a que les pierres qui résistent bien au temps.

Tiphaine RETO © Le Monde