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Patron, la note (de frais), s’il vous plaît !

Lundi, juin 7th, 2010

Un taxi pour se rendre à ce rendez-vous urgent à l’autre bout de la ville ou un restaurant chic pour impressionner ce client un peu guindé… Les notes de frais font partie de la vie du cadre. Mais quelles sont les obligations de vos employeurs en la matière ?

Les notes de frais ne sont pas seulement ces petits bouts de papiers qui s’entassent dans le portefeuille de bien des cadres. « Les frais professionnels répondent à une définition précise : ce sont tous les frais engagés dans le cadre d’une activité professionnelle dans l’intérêt de l’employeur », explique Eric Rocheblave, avocat au barreau de Montpellier, spécialisé en droit social. L’entreprise a obligation de vous les rembourser sans délai limite, sur justificatif de votre part.

Zones d’ombre
Reste que la « note de frais » est source de bien des questionnements. « La façon dont le salarié engage ses frais est une zone d’ombre, remarque Stanislas Bertheloot, directeur marketing de KDS. Le remboursement d’un repas avec un client, par exemple : entre un déjeuner au caviar ou un sandwich au bistrot du coin, il y a une marge à laquelle l’employeur peut être sensible. » Sans parler des connexions internet utilisées dans un hôtel pendant un congrès : ont-elle servi pour le travail ou pour échanger les nouvelles avec le petit dernier ? Les entreprises choisissent donc aujourd’hui de plus en plus des parades à la note de frais sur justificatif. Les avances forfaitaires ou la  carte de l’entreprise plafonnée à un certain montant prennent lentement du galon dans les grands groupes.

Une véritable corvée
Mais la note de frais n’est pas morte. Souvent au grand dam du cadre lui-même. Selon une étude réalisée en 2008 par KDS, leader européen des solutions de gestion des déplacements professionnels en ligne, 69 % des salariés français l’envisagent comme une corvée. 15 % des sondés de trois pays (France, Grande Bretagne et Etats-Unis) y passent au moins une heure… parfois prise sur leur temps de pause. Et ils sont près de 20 % en France à attendre plus d’un mois leur remboursement.

10 à 50 euros de perdus
« Si le délais est trop long ou si l’employeur refuse de payer, le salarié peut aller devant les prudhommes, note Eric Rocheblave. Mais il faudra là encore présenter tous les justificatifs des frais engagés. » Résultat : la note de frais passe régulièrement à la trappe, par négligence ou par ras-le-bol. « Les montants perdus varient entre 10 et 50 euros, reprend Stanislas Bertheloot. Ce n’est pas énorme, mais c’est la preuve d’un dysfonctionnement. »

Des tricheries pour pallier
Pour pallier ces pertes d’argent et de temps, les tricheries ne sont pas rares. Toujours selon KDS, en France, 18 % des sondés avouaient avoir déjà gonflé leur facture. 49 % déclaraient savoir comment le faire : une même note de restaurant utilisé par deux salariés, des kilométrages de voiture surévalués ou un livre d’art acheté soi-disant pour un client et qui servira à l’anniversaire de belle-maman…  « Si l’employeur s’aperçoit d’une fraude, il peut se retourner vers les Prud’hommes », prévient Eric Rocheblave. Licenciement et poursuite pour vol peuvent suivre la découverte du pot-au-rose. D’une manière générale, néanmoins, l’employeur s’en tient au blâme. « De toutes façons, les tricheries ne dépassent pas en moyenne les 10 euros », tempère Stanislas Bertheloot, de KDS.

Tiphaine Réto ©Cadremploi.fr

Les dérives de la rupture conventionnelle

Jeudi, mai 27th, 2010

Elle connaît un succès grandissant. Près de 300 000 ruptures conventionnelles auraient déjà été signées depuis 2008. Pratique pour les salariés mal dans leur travail, le système de ce départ à l’amiable cache pourtant des failles… et de graves dérives.

Depuis son lancement en août 2008, la rupture conventionnelle aurait mis fin « à l’amiable » à plus de 280 000 CDI. Un succès qui n’étonne pas Nathan Cassin. « C’est un moyen simple, facile et intelligent de quitter sa boîte », juge le jeune homme. Lui travaillait dans une entreprise du web, mais avait envie de « voir autre chose » sans prendre les risques de la démission. « La rupture conventionnelle m’ouvrait des droits aux allocations chômage. C’est beaucoup plus rassurant pour démarrer dans une nouvelle voie. » Comme le licenciement, la rupture conventionnelle donne droit au versement de 57 % du montant du salaire brut versé sur un maximum de 23 mois. Un matelas qui a permis à Nathan de se lancer sereinement en indépendant.

Des licenciements masqués
«  La rupture conventionnelle a facilité la fluidité du marché du travail, note Yves Nicol, avocat spécialisé en droit du travail au barreau de Lyon. C’était une bonne idée à la base. On a tous connu un salarié démotivé qui n’osait pas démissionner. » Mais  pour le spécialiste du droit « cette rupture du troisième type » a été pervertie par le système. « A mon sens dans 70 % des cas, ce départ « à l’amiable » cache un licenciement déguisé. On convoque une personne, on lui annonce qu’elle va être licenciée, on le laisse mariner et on lui propose, finalement, une rupture conventionnelle. »

Contrôles renforcés
L’avantage est double pour le salarié : il ne subit pas les dommages psychologiques d’un renvoi et peut négocier son indemnité de départ au même titre que pour un licenciement. « Mais c’est surtout intéressant pour l’employeur qui peut alléger sa masse salariale sans mettre en place un plan social et sans avoir à se justifier. » L’avocat n’est pas seul à pointer du doigt cette dérive et la vigilance de la direction du travail s’est accrue sur le sujet.

Une rupture d’à commun accord… surtout pour l’employeur
Reste que pour Yves Nicol, cette rupture n’est « à l’amiable que pour l’employeur » : « On observe aussi la tendance inverse au départ forcé. Votre rupture conventionnelle n’est valable que si votre entreprise est d’accord pour vous laisser partir. » C’est ce qui est arrivée à Géraldine. Salariée depuis trois ans dans un travail qui ne lui plaisait pas, elle a passé et réussi le concours d’infirmière. « Je devais rentrer à l’école en septembre. Mais quand j’ai demandé à mon employeur de signer une rupture conventionnelle, il a refusé parce qu’il ne voulait pas payer d’indemnités. J’ai été obligé de démissionner et de reprendre un petit boulot pendant mes études. » A 36 ans, le coup est dur…

Plus difficile à négocier avec l’ancienneté
« Ce genre de cas arrive plus souvent quand le salarié a beaucoup d’ancienneté dans l’entreprise,  analyse Yves Nicol. Parce qu’il peut négocier sa prime de départ en fonction de son expérience… et l’employeur n’a pas toujours envie de faire un gros chèque pour voir partir un collaborateur dont il a besoin. »

Presque plus de démissions
L’avocat sourit. « La rupture conventionnelle était vraiment une bonne idée, mais personne n’avait voulu anticiper ces dérives. Aujourd’hui, j’en suis persuadée, c’est un système qui va être revu. Ne serait-ce parce que l’Etat ne peut plus l’assumer. » Depuis la mise en place de la rupture conventionnelle, les entreprises françaises n’enregistrent presque plus de démissions. Mais en décembre dernier, 79 % des salariés ayant négocié leur départ à l’amiable était inscrit à Pôle Emploi.

Tiphaine Réto ©Cadremploi.fr

Harcèlement au travail : comment s’en sortir ?

Mercredi, mai 26th, 2010

Il touche de plus en plus de cadres. Pourtant peu de salariés osent s’élever contre le harcèlement moral. Une définition floue et des procédures longues entravent l’envie de s’en sortir. Pourtant, d’autres solutions existent.


Selon une enquête de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, 5 % des travailleurs de l’Union seraient victime de harcèlement moral. Un chiffre bien en-dessous de la réalité aux dires des spécialistes. L’association Harcèlement moral Stop (HMS) compte jusqu’à 11 000 prises de contacts par an de personnes en détresse au travail. « De plus en plus de cadres nous contactent. 30 % sont des seniors », constate Loïc Scoarnec. Et combien restent à se taire ? « A mon sens, un salarié sur mille parle de sa détresse, tous les autres souffrent en silence », estime Alina Paragyios, avocate en droit du travail au barreau de Paris.

Une définition tardive
Peur des représailles, dévalorisation de soi, manque d’écoute des collègues ou de la hiérarchie… les causes du silence sont nombreuses. D’autant que le harcèlement moral n’est défini que depuis 2002 par  le code du travail. Il se manifesterait par « des agissements répétés » amenant à une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits du salarié, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel.

Des formes variées de harcèlement
Une définition longue, mais pas forcément précise. « Ni la loi, ni la jurisprudence n’indiquent ce que sont ces « agissements » et leurs réelles portées, regrette Alina Paragyios. Or le harcèlement au travail prend souvent des formes variées. » Même avis pour Loïc Scoarnec : « Au début, on l’assimilait à une attitude négative d’une personne vers une autre. Aujourd’hui, on peut s’inquiéter du harcèlement stratégique, opéré par la hiérarchie pour diminuer sa masse salariale, ou du harcèlement institutionnalisé devenu une méthode de management de certaines grandes entreprises. »

Des procédures longues et complexes
Au flou de la définition viennent s’ajouter des procédures complexes. « En pénal, un harceleur risque jusqu’à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende, affirme Alice Paragyios. Mais il est souvent nécessaire d’avoir un ou deux témoignages, en plus de preuves matérielles comme les échanges de mails, de courriers ou de SMS. C’est difficile à réunir. »
Même difficulté pour les plaintes au civil. En 2006, les conseils des Prud’hommes ont traité 250 000 dossiers. Seul un quart ont obtenu condamnation. « Les dossiers sont tellement nombreux que s’ils ne sont pas bétonnés, aucun conseiller ne va prendre le temps de les ouvrir, se désole Loïc Scoarnec. Je viens d’en déposer un à Melun… il sera traité en 2012. »

Ecrire au PDG
Pour autant, des solutions existent pour faire entendre son mal-être. Les délégués du personnel, les représentants du CHSCT, la médecine du travail… les intermédiaires sont nombreux pour lancer une enquête en interne. « J’encourage aussi à envoyer un courrier au PDG en expliquant la situation, sans inculper quiconque, sans parler de harcèlement, juste en posant les faits. C’est lui le représentant légal de l’entreprise et c’est lui qui se fera taper sur les doigts en cas de soucis », poursuit Loïc Scoarnec.
Une précaution soutenue par Alina Paragyios : « Si vous voulez ensuite porter plainte, la législation impose aujourd’hui d’avoir prévenu au préalable votre employeur. » Et faites fi des retombées : la loi, pour le coup, vous protège bien. « Le harcèlement au travail est un tueur de l’ombre, reprend Loïc Scoarnec. Il vous atteint professionnellement, socialement, familialement. Il faut demander de l’aide le plus vite possible. »

Tiphaine Réto ©Cadremploi.fr

Qui a peur du grand méchant senior ?

Vendredi, janvier 29th, 2010

En vigueur depuis le 1er janvier 2010, la loi de priorité sur l’emploi des séniors force les entreprises à conserver les plus de 55 ans en poste. Même si elles ont des réserves, les entreprises – et ses salariés – devront s’habituer à reconnaître aux séniors plus d’atouts que de défauts.

« A 56 ans, on ne peut peut-être plus escalader pour installer une antenne, mais il y a encore des choses qu’on sait faire, non ? » Jean-Paul Prodhomme parle posément. Il ne garde pas rancune de son départ d’Alcatel. Pourtant, après 33 ans passés à travailler en tant que chef de projets dans les liaisons spatiales, civiles et militaires, il a été mis d’office en pré-retraite au moment du déménagement du centre de recherche de la société. « Je ne voulais pas partir. J’aimais mon métier. Je travaillais beaucoup à l’étranger et ça me plaisait. Mais à côté d’un jeune cadre, c’est vrai, j’apprenais moins vite. » Déjà obsolète pour le travail ?

Plus que de l’expérience

Pas tant que ça. « Les seniors ont plus que de l’expérience, observe Luc Aurélien Nory, cofondateur du site www.actionsenior.com. Ils ont une confiance en leurs acquis qui leur permet de ne pas être sans cesse dans le besoin de faire leurs preuves. Un senior dans une équipe, ça enlève généralement pas mal de stress. » Même avis pour Fabienne Caser, de l’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail (Anact) : « Et dans certaines entreprises, on s’aperçoit que les plus âgés sont parfois les seuls à maîtriser certaines techniques, parfois liées à de plus vieux métiers. »

Souplesse et tutorat

Nul ne doute de l’apport des « aînés » dans l’entreprise. Pourtant, en France, leur taux d’emploi stagne à 39 %. Un minimum auquel la loi de priorité à l’emploi senior est censée remédier. En vigueur depuis le 1er janvier, elle impose aux entreprises de plus de 50 salariés, non couvertes par un accord de branche, de mettre en place des actions pour l’embauche ou le maintien dans l’emploi des plus de 55 ans. Sans ça, elles devront s’acquitter d’une amende égale à 1% de la masse salariale. « Il y a plusieurs axes sur lesquels il est possible de travailler, reprend Fabienne Caser. On peut introduire de la souplesse dans les horaires ou dans la hiérarchie pour permettre une meilleure récupération. On peut favoriser le tutorat sur les plus jeunes pour conserver l’intérêt pour son métier… A chaque entreprise de faire ses choix. »

Difficile pour les petites entreprises

Cet idéal ne convainc pourtant pas tout le monde. « Bien sûr qu’il est important de défendre la répartition de la pyramide des âges en entreprise, observe Jean-François Veysset, vice-président de la CGPME, mais dans le contexte de crise actuel, c’est assez mal venu de faire face à des sanctions. Nous aurions préféré une incitation. » Le syndicat des petites et moyennes entreprises à obtenu un délai de trois mois pour l’application de la loi auprès des entreprises de 50 à 300 salariés. « Dans les grandes sociétés, il y a des services de ressources humaines qui peuvent élaborer des stratégies rapidement. Les petites entreprises, elles, doivent faire appel à des experts extérieurs. La tâche est plus lourde. »

Pas de réflexion sur la durée

Les critiques fusent aussi chez les observateurs. « Cette loi, comme les précédentes, réfléchit sur une tranche d’âge plutôt que de penser à une trajectoire de vie professionnelle, note Luc Aurélien Nory Aujourd’hui, passé 40 ans, il n’y a plus ni mobilité ni formation dans l’entreprise. » Une lacune qui laisse parfois les seniors s’aigrir dans leur poste et se démotiver. « Quand vous n’avez pas eu de mise à niveau pendant 20 ans, vous ne vous sentez plus aucune valeur sur le marché du travail », reprend le jeune homme. Mais pour lui, la revalorisation de la place des seniors dans l’entreprise doit dépasser le seul cadre des RH. « La plupart des managers aujourd’hui sont de dynamiques trentenaires qui ont parfois un peu peur d’avoir en dessous d’eux un collègue plus expérimenté. Il faut qu’ils comprennent les avantages d’une telle collaboration. »

Des changements de mentalité

Des atouts déjà pris en compte dans les entreprises, selon Jean-François Veysset. « Les mentalités ont déjà changé. On n’a pas le choix. Mais c’est aussi aux seniors de revoir parfois leur attitude. Certains n’attendent que la retraite… ». A Levallois, l’argument fait sourire Jean-Paul Prodhomme. Définitivement retraité depuis deux ans, l’ancien d’Alcatel réalise désormais de petits travaux à domicile en tant qu’auto-entrepreneur. « J’ai encore pas mal de capacités de travail à revendre ! »

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr

Portage salarial / auto-entrepreneuriat : le match

Mardi, juin 9th, 2009

3000 auto-entrepreneurs nouveaux par jour. La loi Novelli, depuis son adoption en janvier 2009, a déjà fait un bon nombre d’adeptes. Simple, sans risque et sans trop de frais… Le système a les atouts pour chasser sur le terrain des sociétés de portage.

« Ca ne s’oppose pas, ça se complète. » Le cri est unanime tant du côté des sociétés de portage salarial que des têtes pensantes de l’auto-entrepreneuriat. Pourtant, devant le succès impressionnant de la loi Novelli sur le statut d’auto-entrepreneur (près de 150 000 inscrits depuis le 1er janvier 2009), les entreprises de portage pourraient bien se faire du mouron.

Plus simples et plus accessibles

François Hurel est celui par qui tout a commencé. Le délégué général de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes a rédigé le rapport qui a permis la création de la loi Novelli. Même si, en façade, il affirme que les deux systèmes ne peuvent être mis en concurrence, il reconnaît que « là où le portage salarial offrait des opportunités, l’auto-entrepreneuriat en offre d’autres. Plus simples et plus accessibles à tous. »

Aucun risque

C’est ce qui a séduit Hélène Lelandais, « 29 ans depuis le 14 mai ». La date est importante : le jour de son anniversaire, en quelques clics sur internet, la jeune femme s’est offerte « son » entreprise, une société de prestation de secrétariat. « Depuis longtemps, je voulais savoir pourquoi je me levais le matin », se réjouit Hélène. Le système de l’auto-entrepreneuriat lui a permis de sauter le cap. « C’était extrêmement simple et je sais que je ne prends aucun risque puisqu’on ne paie des charges que sur ce que l’on gagne. » Le portage salarial ? La nouvelle auto-entrepreneuse reconnaît ne pas y avoir trop réfléchi. « Ca ne m’intéressait pas. Le fait de devoir laisser une partie de mes revenus à une société ne me plaisait pas. »

45 % contre 75 % de la facture

« C’est là, la force majeure de l’auto-entrepreneuriat », s’enthousiasme Grégoire Leclercq. Le jeune homme a lancé la première Fédération des auto-entrepreneurs il y a six mois. L’association compte déjà plus de 1 200 membres. « A qui s’adresse le portage salarial ? A plus grand monde », sourit-il avant de faire un bref un calcul. « En portage, vous touchez 45 % de ce que vous facturez. En auto-entrepreneur, vous empochez 75 %. C’est quand même plus intéressant, non ? »

Chiffre d’affaire limité

Du côté des sociétés de portage, on ne dément pas. « La loi Novelli a mis en place un excellent système, affirme Radhia Amirat, responsable de la communication du Syndicat national des entreprises de portage salarial (Sneps). Mais tout dépend de votre type d’activité. » Pour les professionnels, les deux systèmes ne s’adressent pas aux mêmes profils : « L’auto-entrepreneuriat a un chiffre d’affaire limité à 32 000 euros par an. Il est parfait pour les petites activités parallèles. Mais pour les gens qui souhaitent développer une activité principale sans avoir à se préoccuper des tracasseries administratives, le portage salarial est préférable. »

Pas le même public

Même constat pour Jean-Charles Vallet, président du Sneps. Dans sa propre société, Calleo, il enregistre une croissance de 20 % pour l’année en cours. « Le portage salarial est un confort. Nous nous adressons majoritairement à des gens qui gagnent plus de 30 000 euros par an. Un public senior qui tient, par ailleurs, à son régime général. »

Plus d’assurances avec le portage

Car là est l’équation : alors que les sociétés de portage permettent de cotiser pour la retraite et pour l’assurance chômage, l’auto-entrepreneuriat, s’il coûte peu, offre peu de protection. « C’est sur le plan des assurances que les sociétés de portage continueront à faire la différence, reconnaît Grégoire Leclercq, de la Fédération des auto-entrepreneurs. Elles accompagnent leur client un à un sur un business plan et sont donc plus à même de proposer des solutions qualifiées pour chacun. »

Observer sur la longueur

Malgré cet attrait, les chiffres gouvernementaux révèlent que les deux activités fétiches du portage salarial, conseil de gestion et services à la personne, sont à l’heure actuelle les plus représentées dans l’auto-entrepreneuriat. « On fera le point dans deux ans, propose, confiant, Jean-Charles Vallet. Une fois l’effet de mode passé, il faudra voir combien de ces nouvelles structures tiendront sur la durée. »

Des changements de statuts

D’autant plus qu’une fois le seuil des 32 000 euros atteints (80 000 euros pour les établissements à vocation commerciale), les auto-entrepreneurs passent directement au statut d’entreprise en EURL ou SARL. « Certains ne seront pas forcément préparés à ce genre de changements », prévient Radhia Amirat. Et préfèreront rechanger de statuts pour faire appel aux services d’une société de portage qui gèrera leur administratif ?… On vous l’avait dit : « Ca ne s’oppose pas, ça se complète. »

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr – Publié le 05.06.09

Et pourquoi pas une année sabbatique ?

Mardi, mai 5th, 2009

Un an pour se faire la malle. Qui n’en a pas rêvé ? C’est le principe de l’année sabbatique. Un congé bien pratique et pourtant peu utilisé en France. Car au-delà du projet de tour du monde ou de l’envie de retaper la bicoque de Mémé dans le Larzac, il faut savoir gérer ce « blanc » dans sa carrière.

L’expérience remonte à 6 ans, mais il en parle comme si c’était hier. En 2003, Pascal Dutronc quitte pour un an son poste de Directeur général adjoint à l’UCPA pour prendre le large en famille. « Ma femme et moi étions des mordus de voile. Nous avions donc décidé de parcourir l’Europe, l’Afrique et l’Amérique centrale à bord de notre bateau, en compagnie de nos trois enfants. »

Cinq ans pour se préparer

Formation à la navigation et préparation du navire, il n’aura pas fallu moins de cinq ans aux moussaillons en herbe pour concrétiser leur projet. Un temps de latence plus que bénéfique : « Nous travaillions tous les deux et il fallait vraiment anticiper notre départ sur le plan professionnel. Il n’était pas question que mon employeur se retrouve acculé, mis devant le fait accompli. Idem pour mes équipes, que je voulais préparer à mon absence. »

Montrer sa flexibilité

« Cette étape de la préparation est primordiale, affirme aussi Gilles Lacour, consultant en gestion de carrière chez Altedia. Le plus simple est d’en parler clairement avec son employeur et de montrer sa flexibilité. Lui faire savoir que vous pensez à prendre une année sabbatique, mais que vous n’êtes pas à six mois près. » Car pas de doute ! L’année sabbatique n’est pas mal vue dans l’univers de l’entreprise. « Tout le monde en rêve, reprend Gilles Lacour. A vous de créer l’envie. »

Une continuité du projet professionnel

Un avis partagé par Robert Zuili, coach et cofondateur du cabinet Excelia : « Néanmoins, c’est un projet qui va donner des interprétations. Il faut éviter que celles-ci soient négatives, que votre entourage pense à une fuite ou à un mal-être. Le tout est de montrer en quoi ce projet reste dans la continuité de votre projet personnel et professionnel. »

Quel apport pour votre employeur ?

« A partir du moment où c’est important pour vous, toutes les raisons sont bonnes, confirme Gilles Lacour, et peu importe ce que vous voulez faire de votre année. Il faut juste le projeter en termes d’avenir. Qu’est-ce que ça va vous apporter à vous et à votre employeur ? » Et de citer le cas de ce jeune cadre qui, après avoir perdu son emploi, s’est pris une année pour se ressourcer. « A son retour sur le marché du travail, il expliquait posément qu’il était désormais en pleine forme, prêt à être performant. Tous les recruteurs lui ont dit : « on vous envie. ». Il n’a pas eu de mal à retrouver un job. »

Pour Pascal Dutronc, les arguments d’alors se sont renforcés après son expérience. « J’ai redécouvert les qualités relationnelles que j’avais en moi, mais que j’avais un peu oublié. Et puis, le fait de faire face à l’inconnu, en mer, à l’étranger ou simplement dans une nouvelle vie qu’on se donne pour un an, c’est très formateur pour le travail en entreprise. »

Risques de tout perdre

Côté employeur, cette année sans vous peut aussi porter ses fruits : « Ca permet de penser à l’après, de tester d’autres personnes sur votre poste, d’ouvrir des possibilités, poursuit Pascal Dutronc. Avec, évidemment, un risque de ne pas retrouver son poste au retour. » C’est la peur première des candidats au congé sabbatique. « C’est vrai qu’on est jamais irremplaçable pour une entreprise, avoue Gilles Lacour. C’est pour ça qu’il ne faut pas se faire oublier pendant son année. »

Rester connecté

Conserver sa boîte professionnelle, envoyer quelques mails de temps à autre et se tenir au courant de ce qui se passe dans sa boîte… Pascal Dutronc s’est tenu à cet exercice de « non-déconnexion » : « On s’était fixé des points réguliers avec le DG… Je ne sais pas si ça a été très utile pour la boîte. Mais ça m’a au moins permis de ne pas être complètement largué au retour. »

Préparer le retour…

Car la reprise s’avère souvent délicate. « En un an, vous pouvez devenir complètement ‘has been’, observe Gilles Lacour. Il y a de nouvelles têtes, de nouveaux logiciels, de nouveaux marchés ou de nouveaux concepts. » Même remarque pour Robert Zuili, qui conseille même de programmer, avant le départ, un parcours de remise à niveau pour gérer au mieux le retour.

… et envisager la suite !

« Tout dépend des personnes et de l’expérience vécu, nuance Pascal Dutronc. Mais c’est vrai qu’il m’a bien fallu deux mois pour retrouver ma place. Je me sentais confiné dans mon bureau et j’avais vraiment besoin de me remettre à la page. En même temps… Mon voyage avait fait grandir ma capacité d’adaptation. Et j’ai fini par trouver ça très stimulant de se remettre en question. » Tellement stimulant que trois ans plus tard, le skipper de l’UCPA a changé de branche. Il est aujourd’hui directeur d’un hôpital privé. « Notre voyage y est pour quelque chose. J’ai compris que je pouvais explorer d’autres possibles. Y compris sur le plan professionnel. »

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr – Publié le 04.05.09

Les modalités pour prendre son année

Pas question de faire ça sur un coup de tête. Depuis 1984, prendre un congé sabbatique d’une durée de six à onze mois est un droit dans votre carrière professionnelle… mais il y a quelques petites règles à respecter. Suivez le guide !

Au moins six ans d’expérience professionnelle
Pouvoir justifier, à la date du départ en congé, d’au moins six ans d’expérience professionnelle et de 36 mois d’ancienneté dans l’entreprise. Vous ne devez pas avoir bénéficié d’un autre congé sabbatique, d’un congé de création d’entreprise ou d’un congé de formation de six mois ou plus, au cours des six années précédentes passées au sein de votre société.

« Madame, Monsieur, J’ai l’honneur de… »
La demande de congé sabbatique doit être adressée à l’employeur au moins trois mois avant la date du départ. N’oubliez pas de le faire par lettre recommandée avec accusé de réception, à moins que vous ne la remettiez en mains propres… Auquel cas, demandez un reçu. La date de départ et la durée du congé souhaitée doivent impérativement figurées dans votre courrier.

Trente jours pour la réponse
Votre employeur a trente jours pour vous répondre, lui aussi par lettre recommandée avec accusé de réception. Dans une entreprise de plus de 200 salariés, on ne peut vous refuser ce droit, mais on peut le décaler d’une période maximale de six mois. Dans une entreprise de moins de 200 salariés, votre employeur peut reporter le congé de neuf mois et peut rejeter votre demande. Il doit, pour cela, justifier que « le congé aurait des conséquences préjudiciables à la production et à la bonne marche de l’entreprise ».

Et mon contrat ?

Il est suspendu et non rompu. Pendant la durée de votre congé, vous n’êtes pas rémunéré, vous ne gagnez pas d’ancienneté ni de droit aux congés payés. Vous avez le droit de travailler pour une autre entreprise ou de créer votre propre société, à condition de ne pas porter concurrence à votre employeur. A votre retour, vous devez retrouver votre poste ou un poste équivalent, assorti d’une rémunération similaire.

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr – Publié le 04.05.09

Et toi ? t’es plutôt Facebook ou viadéo ?

Dimanche, avril 26th, 2009

Facebook, Viadeo ou LinkedIn… Les réseaux virtuels sont désormais devenus indispensables dans nos vies de tous les jours comme dans l’impulsion de nos carrières. Encore faut-il savoir les utiliser à bonne escient, sans y perdre tout son temps.

Selon une enquête réalisée en 2008 par Keljob, 70 % des Français considèreraient les réseaux sociaux sur internet comme un bon moyen de faciliter leur recherche d’emploi. Il serait même près d’un tiers à avoir décroché un contrat grâce au seul réseau virtuel dont ils font partie. En mars 2008, le site de l’Apec lançait un partenariat avec LinkedIn pour que ses 600 000 membres puissent bénéficier des fonctionnalités du réseau professionnel. En décembre, c’était Cadremploi qui rejoignait les 100 millions de profils Facebook… Désormais, le cadre au chômage en Pouilly-en-Nonais peut rentrer en contact (virtuellement tout du moins !) avec Bill Gates. De quoi dire adieu à votre bonne vieille carte de visite ?

Virtuel ou réel, même combat

Non point, rassure François Laurent, co-président de l’Adetem, premier réseau des professionnels du Marketing : « Le fait d’opposer réseau virtuel et physique est un non sens. Cela voudrait dire qu’il y a une vie dans le rue et une vie sur le web. Or, l’une et l’autre sont aujourd’hui complètement liées. »
Même avis pour Olivier Fécherolle, directeur général de Viadeo : « Bien loin de nuire aux réseaux traditionnels, les réseaux sur internet en ont montré tout le potentiel. Cela fait 20 ans que les conseillers en carrière parlent de l’importance des réseaux… Ils sont maintenant plus simples et plus naturels à entretenir. On n’a plus besoin d’être un expert du réseau pour avoir des contacts. »

Un profil, c’est plus qu’un CV

Un expert, non. Mais quelques règles s’imposent pour les rendre réellement performants. « Il faut commencer par choisir son réseau, affirme François Laurent. Ca ne sert à rien de courir d’un site à l’autre. Mieux vaut bien entretenir un profil. » Entre réseaux transversaux, comme Facebook, ou réseaux purement professionnels, à vous de voir ce qui vous sied le mieux.
Mais quel que soit votre choix, ne remplissez pas votre profil à la va-vite : « Un profil c’est plus qu’un CV, explique Olivier Fécherolle. Il doit rester neutre dans le ton, mais en dit plus sur vous. Vous pouvez rajouter les gens que vous connaissez, les liens que vous avez publié sur internet, vos goûts et vos attraits… Plus on dit de choses, plus on joue le jeu. Et plus c’est payant. »

Attention aux intrus

Reste ensuite à établir votre carnet de contacts. Facile ? Pas toujours… « Le réseau reste toujours une affaire de confiance. On déconseille à nos membres d’ouvrir leur profil à quelqu’un qu’ils ne connaissent pas. Il suffit d’un mauvais élément pour nuire à votre image. »

Et pourquoi pas un blog ?

Votre image, justement, le web peut en devenir le démultiplicateur, si vous savez utiliser les bons outils. « « Nos jeunes professionnels, reprend François Laurent, ont créé leurs groupes d’échanges sur Facebook. Et l’Adetem propose une plateforme de blogs. » Nouveautés de votre secteur, réflexion personnel sur votre branche d’activité ou simple partage d’information, internet vous permet de vous poser en vrai professionnel sans être l’invité d’honneur de tous les colloques de la région.

Se faire remarquer par ses idées

« L’essentiel, c’est de se faire remarquer par ses idées », confirme Olivier Fécherolle. A défaut de tenir un blog régulier, il vous suffit parfois de poster une ou deux (bonnes) réponses sur une question à un forum ou de lancer les débats en faisant remonter un article repéré dans la presse ou sur la toile. « Adhérer à des groupes qui abordent des thématiques proches de votre domaine est aussi un bon moyen de se tenir au courant et de faire de nouvelles rencontres », avance François Laurent.

Pas si chronophage…

Une activité à plein temps de réseauter sur la toile ? Le co-président de l’Adetem a la réplique : « Pensez donc au kilomètre de lettres qu’on devait écrire avant internet, aux heures interminables au téléphone et aux journées perdues dans les salons pour échanger trois cartes de visites… qui pouvaient ensuite se perdre dans le fond d’un tiroir. »

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr – Publié le 26.04.09

« Aller vers les autres pour ne passer à côté de personne »

Fondatrice du site coachforleaders.com, Marie-Jeanne Marti est coach et consultante. Diplômée de sociologie, journaliste pour divers médias pendant quinze ans avant de se lancer sur les planches en tant que comédienne, elle s’est forgée au cours de son parcours professionnel une réelle expérience du réseau. Un outil professionnel qu’elle envisage comme un art de vivre.

Le « réseau », kézako ?

Le réseau, c’est tout. C’est votre famille, ce sont vos amis, c’est votre médecin ou votre boulangère. Tout ces gens que vous rencontrez et avec qui vous échangez. Tous ceux qui peuvent vous donner une information, un tuyau, un boulot ou la simple possibilité de rencontrer une autre personne. Pas forcément dans l’instant, là, comme ça. Mais un jour, peut-être. On a tendance à entendre le réseau d’un point de vue « mercantile ». Or, il ne faut surtout pas confondre le réseau et le commercial. Dans un cas vous avez quelque chose à vendre, vous, votre « œuvre » ou un produit. Dans l’autre, vous êtes simplement ouvert sur les opportunités. Vous lancez des filets. Le réseau, c’est comme la marée : vous attendez calmement devant l’océan ce que la mer peut vous rapportez. Mais vous ne savez jamais quoi.

Vu comme ça, le réseau ne prend-il pas un côté « intéressé » ?

Pourquoi ? Parce que vous l’envisagez comme un mélange d’affect et d’intérêt ? C’est tout l’inverse. Le réseau, c’est être simple et remettre les relations à plat. On a tous besoin de quelque chose à un moment ou à un autre. Ce n’est pas un drame et ce n’est pas être quelqu’un d’intéressé. Il faut juste accepter d’être aidé, accepter de demander. L’essentiel est de positiver cette démarche et de prendre plaisir à rester ouvert aux autres, à envisager toute nouvelle rencontre comme une chance à part d’élargir ses connaissances. Le réseau, c’est juste se trouver des points communs. C’est aller vers les autres pour être sûr de ne passer à côté de personne.

Et pour les timides ?

La timidité est acceptable pour les enfants. Ensuite, elle n’est plus qu’un refuge pour se défosser d’un tas d’initiatives d’adulte. Si les gens se mettent dans la tête de sortir de leur timidité, ils y arrivent. Néanmoins, cela demande souvent de commencer par faire un travail sur la confiance en soi, de parvenir à se revaloriser à ses propres yeux. Mais quoi qu’il arrive, il n’y a pas de formation de base au réseau. Il suffit juste d’un déclic. D’un état d’esprit. Et tout le reste suit.

La rencontre semble primordiale dans votre conception du réseau. Que pensez-vous des réseaux sociaux virtuels ?

Internet est un outil magnifique… mais pas humain. Ces genres de « réseaux » fonctionnent très bien parce qu’ils vendent une illusion : grâce à eux, on a l’impression qu’on peut discuter avec la planète entière. Sauf que la planète entière, on s’en moque un peu. Et puis vu le temps que cela prend, cela ne sert pas à grand chose. Surtout si vous ne rencontrez pas les gens derrière. Mieux vaut s’occuper pleinement des gens qu’on connaît. Ce sont eux les premières pierres de nos réseaux.

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr – Publié le 26.04.09

Pour en savoir plus : « Cultivez efficacement vos réseaux », Marie-Jeanne Marti et Delphine Barrais. Edition ESF, 2007.

Quand le web fait surfer les emplois de la grande distrib

Jeudi, février 5th, 2009

Auchan, Carrefour, Les Mousquetaires et même Monoprix… Ils s’y sont tous mis. Le cybermarché est venu peu à peu titiller le traditionnel hypermarché à coup de clics gagnants. Une nouvelle branche de la grande distribution qui révolutionne le secteur et décuple les possibilités d’embauche.

Fini le temps de l’arpentage de rayon sous la lumière blafarde des néons de supermarché. Aujourd’hui, le commerce est électronique ou n’est pas ! Enfin presque…
Depuis le début des années 2000, l’explosion des sites de vente en ligne a révolutionné le secteur de la grande distribution. D’abord l’attribution de « pure-players », tels que Opodo ou Amazon, dont l’activité était exclusivement tournée vers internet, le phénomène a été repris par les grandes marques du commerce traditionnel.

Plus de 10 000 sites marchands

Et pour cause… Selon la Fédération des entreprises de vente à distance (Fevad), le volume d’affaires du secteur est passé de 2,2 à 7 milliards d’euros entre 2002 et 2005. Un marché alléchant à ne pas laisser filer. Résultat : dans la seule année 2005, le nombre de sites marchands serait passé de 7500 à plus de 10 000.

12 % de poste en plus en 2008

Derrière cette conjoncture favorable, l’emploi des cadres de la distribution a lui aussi évolué. En 2007, toujours selon la Fevad, on ne recensait pas moins de 15 500 e-commerçants. Parmi eux, 30 % de cadres. Et ce n’est pas fini puisqu’en 2008, d’après une enquête réalisée par Benchmark Group, les créations de postes ont augmenté de 12 %. « On peut s’attendre a la même chose en 2009 », avance Pierre Cannet, fondateur du cabinet Blue-Search conseil, spécialisé en recrutement dans l’internet, la vente par correspondance et les nouvelles technologies.

De nouveaux métiers

Des postes créés. Des métiers aussi. Car le e-commerce a changé la donne y compris au sein des branches du secteur. Chef de rayon en ligne, web designer ou responsable référencement naturel sont désormais au cœur de la machinerie du e-commerce. « Les métiers de l’informatique, évidemment, sont devenus très importants, note Eric Le Strat, de Houra.fr, premier cybermarché français créé en 2000. Mais il a aussi fallu faire évoluer les méthodes des commerciaux ou les façons de penser le marketing. » Difficile en effet de vendre de la même manière l’image d’une boîte de haricots en ligne et la boîte de haricots elle-même manipulable et observable en magasin.

Plus informel le e-commerce

« Les codes eux aussi ont été modifiés, reprend Pierre Cannet, de Blue-Search Conseil. Le responsable de magasin qui arrivait à 7h pour inspecter ses rayons et ne repartait que tard le soir après avoir vérifié trois fois que tout tournait rond a fait son temps… Dans le e-commerce, on peut se permettre d’arriver plus tard le matin et de faire varier ses latitudes horaires. Les relations hiérarchiques, également, sont généralement plus informelles. »

Un secteur besogneux

Un coup de balais sur la poussière de l’étiquette dévalorisée de la grande distribution ? Alors que le secteur traditionnel peine toujours à attirer les cadres, le e-commerce pourrait-il venir redorer son blason ? « Pas vraiment, affirme Eric Le Strat, de Houra.fr. Le secteur est toujours difficile et besogneux, même sur les sites de vente en ligne. Et il reste mal payé. »

Mieux payés chez les pure-players

« C’est un peu l’erreur des enseignes de la grande distribution, confie Pierre Cannet. Elles ont voulu appliquer la même grille salariale à leurs employés en e-commerce, à l’inverse des pure-players qui, eux, ont compris que pour attirer les candidats il fallait adapter les salaires. » Si tout reste relatif d’un groupe à l’autre, le salaire de base d’un responsable marketing on line dans les groupes traditionnels de grande distribution serait de 10 à 20 % moins élevé que chez les pure-players.

Promotions rapides

Avantage supplémentaire pour l’e-commerce, les évolutions de carrière s’avèrent plus prometteuses en cybermarché qu’en hypermarché. « Les équipes sont plus réduites, les échelons moins nombreux à gravir, expose Eric Le Strat. Et on fonctionne beaucoup plus à la méritocratie. » Au moins une bonne raison pour tisser sa toile dans le e-commerce.

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr – Publié le 05.02.09

Ces littéraires qui réussissent en entreprise

Jeudi, janvier 22nd, 2009

Ignorés et sous-payés par les entreprises qui recrutent bien souvent via réseaux d’anciens, les littéraires possèdent cependant un atout indéniable : leur capacité de rebond. Bûcheurs par essence, ils cumulent de nombreuses qualités : capacité de concentration, esprit de synthèse, rigueur… ce qui décuple leur faculté d’adaptation. Tout n’est pas rose pour autant et nombreux sont ceux qui galèrent pour travailler en dehors de l’enseignement. Toutefois, certains y parviennent. Et ne changeraient rien à leur parcours.

Littéraire et cadre : où est le problème ?

Décriées, les Lettres modernes, malmenées, les Sciences humaines, remisées, les études de psycho, de socio et de philo… Il ne fait pas toujours bon être « littéraire » sur les rivages de l’emploi. Pourtant, il n’est plus si rare d’en croiser à tous les niveaux de l’entreprise.

« Tu veux devenir prof, toi ? » Cette question, Chloé n’ose même pas compter combien de fois elle l’a entendue au début de ses études. Diplômée d’un ancien bac A1 (math-littérature), passée par hypokhâgne et khâgne, cette « tronche » a galéré quelques années avant de décrocher son premier contrat. Car, non, elle ne voulait pas devenir prof.

Rigueur et adaptabilité

Elle travaille aujourd’hui dans une grande entreprise bancaire, en tant que responsable marketing. Et ne regrette rien de son parcours. « Mon cursus, aussi atypique soit-il, m’a apporté bien plus qu’une formation linéaire au marketing. Une bonne orthographe, certes, une bonne culture générale, évidemment, mais également une rigueur et une adaptabilité qui font aujourd’hui ma force sur le marché du travail. »

Stratégies personnelles d’emploi

Comme Chloé, bon nombre de « littéraires », autrefois « condamnés » aux concours de l’enseignement ou de la fonction publique, trouvent désormais leur place dans toutes les strates de l’entreprise. « Les jeunes qui suivent ce type d’études sont conscients du fait qu’elles n’ont pas une finalité immédiate, explique Christian Darantière, de l’Association pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes diplômés (AFIJ). Ils mettent donc très vite en place des stratégies personnelles d’emploi. »

Opération Phénix

La première d’entre elle : la formation complémentaire professionnalisante. « Nombreux sont ceux qui reprennent une formation courte pour obtenir le petit plus de compétences techniques nécessaires à l’entreprise », poursuit Christian Darantière. C’est aussi ce que propose la très médiatique opération Phénix.

La diversité des profils, une richesse d’entreprise

Depuis 2007, cette initiative engagée par la société PricewaterhouseCoopers a permis à 70 étudiants de master de recherche en Littérature, Histoire, Géographie ou Philosophie (entre autres !) de décrocher des CDI à des postes de gestionnaires de grandes entreprises. « L’intention initiale de cette action, décrypte Jean-François Lochet, correspondant de l’opération Phénix à Paris I, était de copier le modèle anglo-saxon qui fait de la diversité des profils une richesse dans la société. » Et de rappeler aux responsables de ressources humaines que les capacités d’analyse développées par les « Humanités » peuvent être un plus pour le développement de stratégies d’entreprise.

La valeur diplôme

« Mais il ne faut pas croire que nos étudiants ont attendu ce type d’actions pour investir le monde entrepreneurial, reprend Jean-François Lochet. Cette idée de fabrique à chômeurs qu’est l’université est fausse et non-justifiée. » En France, la valeur diplôme reste la meilleure clé pour ouvrir les portes de l’emploi. Et plus le niveau d’études est élevé, moins la précarité est grande : les titulaires d’un bac + 5 seraient quatre fois plus nombreux à décrocher un poste de cadre dans les trois ans qui suivent leur sortie d’études que les bac + 3.

Précarité plus longue

C’est ce que révèle l’observation de la génération des diplômés de 2004 établie par le Centre d’études et de recherche sur les qualifications (Cereq). Cependant, toujours d’après le Cereq, ces conditions d’insertion restent très variables pour les littéraires. 13 % de ceux issus des filières Lettres et Sciences humaines sont encore au chômage trois ans après leur sortie d’études. Ils ne sont que 5 % pour les licenciés de Maths, Sciences et techniques.

Premiers touchés en temps de crise

« Et en temps de crise, annonce Christian Darantière, ce sont eux qui vont le plus souffrir, car les entreprises ont du mal à embaucher des gens qui n’ont pas une rentabilité immédiate. » Pour ce responsable de l’Afij, la grosse lacune des filières littéraires, c’est qu’elles ne proposent que rarement des stages en entreprise. « Ils manquent donc aux étudiants un certain nombre de mécanismes pour comprendre le fonctionnement de l’entreprise. »

Jobs alimentaires

Un jugement modéré par Jean-François Lochet, de Paris I : « 86 % des étudiants occupent ou ont occupé un emploi pendant leur cursus universitaire. Ils savent ce qu’est le monde du travail. » Reste que ces emplois ne sont souvent que des jobs alimentaires, difficiles à faire valoir sur un cv pour candidater à un poste de cadre.

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr – Publié le 22.01.09

Webmaster après une maîtrise d’Histoire contemporaine

C’est par passion que Benoît Graisset-Recco a toujours fait ses choix et ses orientations. Par passion et grâce à une grande force de travail acquise pendant ses études. Après un bac scientifique et une maîtrise d’histoire, Benoît Graisset-Recco est aujourd’hui, à 37 ans, un webmaster aguerri.

Il a du mal à se souvenir de tous les détails de son parcours universitaire. Mais Benoît Graisset-Recco se rappelle très bien qu’il a toujours fait ses choix par passion. « Après un bac scientifique, j’ai suivi mon goût personnel pour l’histoire et je me suis inscrit à Paris I-Sorbonne. » A l’époque, l’étudiant n’a pas encore de projet professionnel défini. « Je me suis inscrit au Capes pour devenir prof, mais c’était sans trop avoir réfléchi à la question. »

Des débuts en indépendant

C’est pourtant cette année de préparation aux concours de l’enseignement qui lui sera décisive. « Au cours de l’année, j’ai commencé à m’intéresser à internet. Très vite, j’ai trouvé ça passionnant ! » A peine son cursus terminé, Benoît s’installe en tant que webmaster indépendant. Associé à deux amis, il crée des sites web au moment où la demande est de plus en plus forte. Le bon filon pour s’introduire dans un milieu quand on n’a pas le profil…

« Je restais potasser jusqu’à minuit »

« Après deux ans en tant qu’indépendant, je me suis suis dit que j’avais les bases pour postuler dans une entreprise. » Il devient alors administrateur informatique du réseau national des Auberges de jeunesse. « C’est là que, pendant quatre ans, je me suis réellement formé. Après ma journée de travail, je restais potasser jusqu’à minuit pour vraiment progresser dans ce que je faisais. »

Enseignant dans une école d’informatique

Les progrès sont rapides et le jeune autodidacte devient enseignant à l’Hétic, une école supérieure d’informatique et de multimédia. « Ca a duré deux ans. J’étais également administrateur de leurs systèmes informatiques… Avant de changer à nouveau d’employeur. » Depuis quatre ans, désormais, il a gagné ses galons de chef de projet chez Anakrys, petite SSII spécialisée dans la création de sites internet.

Des qualités qui deviennent des atouts

« Si mon parcours étonne les gens, confesse Benoît, je ne pense pas qu’il les dérange. Une fois qu’ils sont rassurés sur mes compétences en informatique, ils l’oublient très vite. »
Lui, à l’inverse, n’oublie pas ses acquis. « Je ne peux pas dire que le contenu de mes cours d’histoire me soit encore utile aujourd’hui. Mais les qualités qu’on doit mettre en œuvre en tant qu’étudiant dans des filières littéraires deviennent de vrais atouts dans le monde du travail. »
Rigueur, autonomie, esprit de synthèse, aptitude à bâtir un plan de dissertation comme un plan de travail… « Pour moi, rien de ce que j’ai fait aujourd’hui n’aurait été réalisable sans ces réflexes acquis au cours de mes études ! »

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr – Publié le 22.01.09

« Avec mon master en psychopathologie, je suis aujourd’hui consultant international RH »

A 23 ans, Maxime-Louis Régis parcourt la planète pour recruter les salariés d’un grand groupe oléoduc. Il se destinait pourtant à devenir psychologue clinicien. Un changement de cap engagé pour éviter la précarité. Et pour élargir ses horizons.

Son rêve à lui, c’était de travailler auprès de malades mentaux. Sa réalité : voyager aux quatre coins de la planète pour recruter du personnel pour un grand groupe oléoduc. « Dès le début de mes études, je me suis spécialisé en pédo-psychiatrie et gériatrie, explique Maxime-Louis. Mais pour financer la fac, j’ai trouvé un job dans une grande entreprise. »

Un Master et de l’expérience

En fait de petit boulot d’étudiant, le jeune homme commence à travailler dans les ressources humaines d’un grand groupe de conseils en management et services informatiques. De CDD en CDD, il finit par y être embauché en CDI, trois jours par semaine… et par prendre de plus en plus de responsabilités. « A la fin de mes études, j’avais donc un Master en psychopathologie de l’enfance et trois d’expériences dans les RH… Pour trouver rapidement un travail, le choix a été vite fait. »

Un jour au Congo, l’autre en Iran

A 23 ans, Maxime-Louis est donc aujourd’hui consultant international en ressources humaines dans un groupe comptant près de 30 000 salariés. Le mois dernier, il était au Congo pour élaborer des tests de recrutement et rencontrer près de 120 candidats. Même chose dans quelques semaines au Kazakhstan, puis en Iran. « Si j’étais resté à un poste de clinicien, je serais sans doute encore à temps partiel, payé au lance-pierre, dans une structure de la grande banlieue parisienne… Après cinq ans à galérer dans mes études, je n’avais plus envie de cette précarité. »

Un petit plus sur les collègues

Pour autant, Maxime-Louis ne regrette rien de son cursus : « Mes études me donnent un petit plus sur mes collègues puisque je suis capable de diagnostiquer très facilement un problème chez un candidat. » Une névrose maladive ou une psychose trop prononcée… Les cas sont rares, mais sont tout de suite analysés par ce professionnel. Même chose pour les personnalités de ces collègues. « Je repère tout de suite qui réagit comment dans l’entreprise. Ca me permet de m’adapter très vite dans une équipe. »

Retour en cliniques

Pragmatique, le jeune homme ne doute pas de la plus-value que lui apportera en retour, cette expérience en entreprise. « Je sais qu’il n’est pas évident d’évoluer énormément dans un grand groupe quand on a un profil un peu atypique. Mon souhait serait donc de retourner vers des cliniques psychiatriques. » Qui, elles aussi, ont besoin de spécialistes en ressources humaines.

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr – Publié le 22.01.09

Titulaire d’un Deug de Lettres et PDG d’une SSII

Il avait choisi la voie royale pour l’enseignement. A 37 ans, Abdelaziz Sali est aujourd’hui dirigeant de Nouveli, une SSII qu’il a lui-même fondée. « Je voulais devenir prof de français depuis longtemps. Mais un « accident de parcours » m’a fait changer d’avis. » D’avis et d’avenir.

Inscrit à la fac de Lettres de Paris-Tolbiac, Abdelaziz Sali est en deuxième année quand un ami lui propose de le rejoindre dans une drôle d’aventure. « Il venait de créer une boîte d’édition de logiciels de gestion pour les cliniques vétérinaires. Je n’y connaissais rien en clinique vétérinaire et encore moins en informatique. Mais il a réussi à me convaincre que c’était là, l’avenir. »

Tout appris sur le tas

A deux dans cette nouvelle société, Abdelaziz Sali apprend tout sur le tas. « C’était vraiment passionnant de découvrir quelque chose de totalement différent. » En cinq ans, il obtient une expérience suffisante pour rejoindre une SSII parisienne. « Mon parcours atypique les a intéressé. Ma formation de Lettres, notamment, m’a catégorisé dans les services « avant-vente ». On s’est tout de suite dit que mes qualités rédactionnelles pourraient servir pour l’élaboration des discours commerciaux. »

Plus d’efforts pour faire ses preuves

Pas de problème à l’embauche, donc, mais quelques mois pour faire sa place dans cette nouvelle structure : « Au début, on s’adressait à moi comme à un petit jeune. Je pense qu’il a fallut que je fasse encore plus mes preuves pour montrer que, moi aussi, je savais ce qu’était un logiciel. »

Créateur d’entreprise

Devenu « Business consultant », c’est pourtant lui, le littéraire, qui interviendra chez les clients de la société pour les épauler sur les outils informatiques. C’est lui aussi qui, quelques années plus tard, soutenu par son chef, créera son « cabinet d’experts en formation et commercialisation de solutions logicielles ». Nouveli, 53 collaborateurs et 3,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2008. Une petite réussite.

Le diplôme est secondaire

Et pas question pour Abdelaziz Sali de revenir sur son parcours. « En plus des qualités rédactionnelles, ma formation littéraire m’a offert une certaine culture. Or, quand vous êtes avec un client, c’est parfois bien de parler d’autres choses que du dernier microprocesseur ! »
Désormais en position de recruteur, il ne se ferme donc à aucun profil. « Le diplôme m’importe peu. D’autant moins, d’ailleurs, que je dois être le moins diplômé de mon entreprise. » Compte avant tout l’engouement d’un candidat et son envie d’apprendre. « Pour moi, un diplôme n’est qu’une carte de visite. Or, une personne est forcément plus intéressante que sa carte de visite. »

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr – Publié le 22.01.09

Au coeur des tabous en entreprise

Samedi, janvier 3rd, 2009

Que savez-vous au juste de votre collègue d’en face ? Peut-être vient-il d’obtenir une prime record tout simplement parce qu’il est plus beau que vous. Peut-être est-il en pleine dépression. Ou encore, peut-être cache-t-il son homosexualité depuis des années de peur d’être viré… Une entreprise, c’est un peu comme un iceberg. La face visible et lisse cache bien souvent une réalité plus froide. Injustices salariales, placardisation, aventures sentimentales, surmenage, homophobie… Cadremploi plonge pour vous au coeur des tabous de l’entreprise et donne la parole à ceux qui les subissent au quotidien.

Dossier réalisé par Sébatien Tranchant et Tiphaine Réto © Cadremploi.fr

Mieux vaut être grand et beau que petit et moche pour réussir

Vous avez été embauché en même temps qu’Arnaud, un collègue de bureau grand et sportif. Vous ne le savez pas encore mais, dans 10 ans, il gagnera plus que vous et aura davantage de responsabilités tout simplement parce qu’il est plus beau que vous…

C’est malheureusement vrai… Déjà en 1994, une étude américaine avait mis en lumière cette injuste réalité. Selon l’American Economic Association, le salaire des hommes et femmes ayant un physique avantageux est de 5 à 10 % supérieurs à celui de leurs collègues. Dans un autre registre, un article très sérieux publié en 2003 dans la revue de l’Insee « Economie et statistique » indique sans détour que « la taille élevée est un atout économique. » « A diplôme constant, les hommes de taille élevée font une meilleure carrière professionnelle car leur sont confiées davantage de responsabilités d’encadrement », écrit Nicolas Herpin, l’auteur de l’article. Preuve troublante : la taille moyenne des cadres supérieurs et professions libérales (177,6 cm), soit 3,2 cm de plus que les ouvriers.

Préjugés inconscients

Dans l’entreprise, la grande taille est clairement une variable favorable à l’avancement. « La grande taille donne la capacité à se faire entendre ou à se faire obéir, indique l’Insee. […] Plus souvent que les petits et les moyens, les grands représentent leur entreprise à l’extérieur et sont en contact personnel avec la hiérarchie. » D’autres réserves sur le physique relèvent ainsi de l’implicite. « Comme tout le monde, je me doute que mon inconscient guide certains de mes choix » , reconnaît une responsable de recrutement en soustraitance industrielle. L’un des préjugés les plus répandus sur les personnes en surcharge pondérale porte sur leur supposé manque de dynamisme. « Je leur conseille de se présenter le plus naturellement possible, de montrer leur joie de vivre, encourage le recruteuse. Ainsi, le recruteur est mis en porte-à-faux par rapport à ses propres réserves. »

Valoriser les compétences

Avec un physique ingrat, l’accès à l’emploi peut également s’avérer plus compliqué. En septembre 2005, l’Observatoire des discriminations de l’université Paris I a publié les résultats d’un testing confirmant les préjugés à l’égard des personnes obèses. Sur un panel de 200 offres d’emploi, les résultats se sont avérés accablants pour les entreprises. En substance, les candidats obèses décrochent 1) deux fois moins d’entretiens ; 2) ils ont trois fois moins de réponses positives pour un poste de commercial ; 3) ils reçoivent 24 % de réponses positives en moins pour un job de télévendeur. Pour Jean-François Amadieu, directeur de l’Observatoire des discriminations, les moyens les plus efficaces pour lutter contre ces phénomènes seraient, par exemple, de « généraliser le CV sans photo et les techniques d’appréciation par simulation (assessment center) comme cela se fait déjà dans beaucoup de pays étrangers. Les recruteurs français doivent d’urgence faire évoluer leur grille de recrutement et valoriser davantage les compétences des candidats.»

Amour au boulot, pas toujours la bonne affaire

Dans une boîte, on bosse avec ses collègues, et plus si affinités. Un Européen sur deux aurait vécu une histoire d’amour au boulot, mais toutes ne se sont pas conclues par un mariage… Cœurs d’artichaut et cavaleurs ne font pas toujours bon ménage dans l’entreprise.

« Je m’étais toujours dit : pas d’histoire d’amour au travail. » Une promesse pas si facile à tenir. Depuis un an, Nathalie* entretient une aventure tumultueuse avec l’un de ses collègues. Leur relation est d’abord restée totalement platonique pendant plusieurs années. « On ne travaille pas dans le même service, ni dans la même ville, mais on s’est rencontré en planchant sur le même sujet. A partir de là, nous avons continué à nous échanger des mails très régulièrement. » D’abord pour parler boulot.

L’amoureux transi était déjà marié

Ensuite, peu à peu, pour évoquer leur vie privée. « On est devenus assez proches. Lui devenait de plus en plus pressant pour qu’on se rencontre. Je savais très bien ce qu’il cherchait. Mais moi je ne voulais pas tomber dans ce drôle de plan. » Principale réticence : l’amoureux transi est déjà marié. « Hors de question, pour moi, de devenir la maîtresse de quelqu’un ! Et surtout pas celle d’un collègue. » Nathalie finira pourtant par céder.

L’effet pygmalion ?

« En y réfléchissant, je crois qu’il s’est servi du fait que l’on travaille dans la même boîte pour me draguer et me faire fléchir. » Un atout pour la jeune femme qui trouve dans ce partage d’intérêts, un palliatif à la difficulté de sa situation. « Il m’épaule, me conseille et m’encourage dans ma carrière. C’est un peu comme s’il compensait, puisqu’à côté de ça, il ne peut absolument pas s’engager d’un point de vue affectif. »

Un Européen sur deux a eu une relation amoureuse au travail

Car les relations au bureau n’encouragent pas la stabilité. Si en 2002, un Européen sur deux avait une relation amoureuse au travail, peu d’entre eux ont réussi à porter cette idylle jusque devant monsieur le Maire. « Le plus douloureux, c’est d’être obligés de sans cesse se cacher, reconnaît Nathalie. J’ai tellement peur de nuire à sa carrière et à sa vie professionnelle que je vis sans cesse dans l’ombre. »

Ragots, jalousies et autres joyeusetés

A fortiori en cas d’adultère, les aventures amoureuses avec un ou une collègue demeurent souvent dans l’ombre. Peur des ragots, bien sûr, des jalousies mais aussi des soupçons d’inefficacité de la part de ses supérieurs. Car une liaison découverte fait souvent se bousculer vie privée et vie professionnelle, tout au moins dans l’esprit de certains de vos collaborateurs. A tel point qu’au Japon mais aussi dans certaines multinationales implantées en France, les aventures au boulot sont interdites, sous peine de licenciement.

* Le prénom a été changé.

C’est à qui le tour… d’aller au placard ?

Un jour ou l’autre, ça peut vous tomber dessus sans crier gare. Votre responsable oublie tout d’abord de vous convier à une réunion, puis ne vous donne plus de travail, enfin vous ignore totalement. Vous pensez pouvoir vous extirper de ce mauvais rêve. Perdu : vous êtes au placard ! Témoignage de Tanguy, ex-placardisé.

L’expérience est encore éprouvante à raconter. Quand, deux semaines après l’avoir recruté, le responsable de Tanguy est muté à un autre poste, commence pour l’ancien journaliste de la Croix Rouge un véritable calvaire. « Je n’ai pas tout de suite compris ce qui se passait », explique Tanguy.

« J’étais plus encadré qu’un stagiaire »

Etape numéro un : l’une de ses collègues, avec qui Tanguy entretenait des relations cordiales jusque-là, change d’attitude. Plus de bonjour, plus de discussion, plus aucun échange. « Je n’ai jamais su ce qui s’était passé. Du jour au lendemain, elle m’a reproché un comportement agressif et froid. » Petit à petit, la jeune femme monte sournoisement ses supérieurs contre son collègue. « On regardait tout ce que je faisais à la loupe. J’étais plus encadré que les stagiaires. Puis on m’a donné de moins en moins de travail. Tout se faisait sans moi. Je n’existais plus. » Dans le service, tout le monde lui tourne le dos. « Ailleurs dans l’entreprise, certains m’ont soutenu. Mais ils ne m’ont jamais défendu. On ne défend pas quelqu’un qui est au placard. »

Silence, souffrance et isolement

Le mot est lâché : le placard. Rarement doré, toujours douloureux. « Le silence qui entoure le phénomène de placardisation renforce la souffrance de l’isolement », explique Dominique Lhuilier, maître de conférences en psychologie sociale à l’université Paris VII et auteur de « Placardisés, des exclus dans l’entreprise ». Rares sont les collègues au courant, soit parce que le placardisé a honte de sa situation et tente de la cacher, soit parce que son entourage professionnel préfère ne pas savoir pour éviter toutes représailles. « Et puis il y a aussi l’idée que si une personne est au placard, c’est forcément qu’elle l’a mérité. »

Moyen de pression

Tous les experts le disent : sans pouvoir être chiffré, le phénomène augmente, devenant une part intégrante du management de l’entreprise. Les victimes sont toujours plus nombreuses et plus diversifiées : les réorganisations internes gérées parfois dans l’urgence, les conséquences d’un management « de sanction » ou encore le manque de courage à licencier quand c’est nécessaire, toutes ces situations génèrent leur lot de placardisations.
Contrairement aux idées reçues, c’est dans le privé que le turn-over dans le placard est le plus important. Les salariés des grandes entreprises sont sans doute plus concernés, mais du cadre supérieur au personnel exécutant, tout le monde peut être touché. Les hommes sont un peu plus nombreux que les femmes et la durée du placard est plus longue avec l’âge. « Les jeunes arrivent plus facilement à chercher un autre poste ailleurs, poursuit Dominique Lhuillier. Mais dans tous les cas, plus longtemps on reste au placard, plus on a de mal à en sortir. Le piège est mortifère. »

L’entreprise, pas très « gay friendly »

Question : de quoi parle-t-on entre collègues à la pause café ? Du boulot, du dernier week-end, des projets de vacances, mais aussi de sa vie privée. Un thème qui met mal à l’aise quand on bosse dans une entreprise pas très gay friendly.

« Aujourd’hui, il est plus facile de faire son coming-out en famille qu’au travail. » Philippe Chauliaguet est porte-parole du collectif Homoboulot. Un collectif créé en 2001 pour fédérer la dizaine d’associations qui luttent contre « le dernier rempart de la sortie du placard » des personnes homosexuelles. En 2006, un sondage réalisé par L’Autre Cercle révélait que 42 % des répondants taisaient leur orientation sexuelle. 66 % d’entre eux le faisaient par peur des représailles.

88 % de victimes ou témoins d’actes homophobes

Insultes, moqueries, agressions physiques ou ruptures abusives de contrat, les pressions sont nombreuses dans l’univers impitoyable de l’entreprise. D’après un rapport effectué par la Halde en 2007, 88 % des salariés lesbiens et gays ont déjà été victimes et/ou témoins d’actes homophobes dans leur vie professionnelle. Et ce malgré les lois promulguées en 2004 pour établir l’homophobie comme un délit. « Ce n’est pas de sanctions dont on a besoin, mais de prévention, explique Philippe Chauliaguet. C’est la seule manière de faire évoluer la société. »

« Du jour au lendemain, tout a changé »

« Lorsqu’une de mes collègues a découvert mon homosexualité, raconte Anthony, tout a changé dans mon travail. Du jour au lendemain, je sentais les regards se poser sur moi, les discussions changeaient bizarrement quand je m’approchais de la cafétéria. Et puis, un jour, mon supérieur m’a convoqué pour me dire que « malgré mon travail », je n’avais pas été retenu pour le poste de manager. »

Un plafond de verre

Difficile bien sûr d’évoquer la discrimination lorqu’aucun mot n’est réellement prononcé. « Pourtant, il existe un véritable plafond de verre dans l’avancement de carrière des salariés homosexuels, reprend Philippe Chauliaguet. D’abord parce qu’instinctivement, on donne des responsabilités à quelqu’un qui nous ressemble. Ensuite, parce que beaucoup d’homos freinent eux-mêmes leurs carrières pour ne pas exposer leur vie privée. »

La vie privée a fait irruption dans l’entreprise

Le silence est donc la première défense. Mais c’est aussi la première souffrance. « Du non-dit au mensonge, la frontière est vite franchie, continue Philippe Chauliaguet. Certains préfèrent s’inventer une hétérosexualité pour ne pas être mis à l’écart. »
Du récit de week-end en famille près de la machine à café aux photos des enfants exposées en fond d’écran, la vie privée a depuis longtemps fait irruption dans le monde de l’entreprise. « Et ne pas en parler, c’est bien souvent se couper du monde et passer pour quelqu’un de froid et d’introverti », affirme Anthony. C’est aussi s’interdire certains avantages, comme la mutuelle étendue aux conjoints ou les congés pour le Pacs.

Surmenage, harcèlement moral, suicides : nous sommes tous concernés

Quand on travaille entre 10 et 12 heures par jour sous pression, il n’est pas rare que tout se dérègle. Le mal-être au boulot, on en parle de plus en plus mais souvent à demi-mots. Pour Dominique Huez, médecin du travail, le travail serait à l’origine de 3 000 suicides par an. Inquiétant.

Au Royaume-Uni, on parle de « burn out » et au Japon de « karoshi ». Alors que dans d’autres pays on reconnaît le phénomène d’« autodestruction par le travail », en France la gêne est palpable quand on évoque le sujet. Pourtant, régulièrement, cette question de la mort au travail revient à la Une de l’actualité. Quand le constructeur Renault a été confronté à partir d’octobre 2007 a une vague de suicides dans son Technocentre de Guyancourt (Yvelines), une fois de plus, ces faits divers en série faisaient les gros titres. Or, c’est tous les jours qu’on souffre au travail, comme l’expliquait dès 1998 Marie-France Hirigoyen dans son livre remarqué « Le harcèlement moral : la violence perverse au quotidien », vendu depuis à 450 000 exemplaires.

Les politiques trop frileux

En mars dernier, deux scientifiques, Philippe Nasse et Patrick Légeron, ont remis au ministre Xavier Bertrand un rapport sur le sujet. Un travail à « l’approche encore trop restrictive, le rapport estimant que ‘suicide au travail ne veut pas dire systématiquement suicide lié au travail’, écrivait à l’époque le journal Le Monde. Or les spécialistes savent que le lieu où l’on se donne la mort n’est jamais anodin. »

3000 morts par an

Dans un livre publié récemment aux Editions Privé, Dominique Huez, médecin du travail depuis 25 ans à la centrale nucléaire de Chinon, revient sur ce sujet de la souffrance au boulot. « J’estime que le travail est un élément déclencheur dans 25 à 50 % des cas de suicides. Ce qui m’amène à penser que le travail ferait directement ou indirectement 3000 morts par an », déclare-t-il. La faute « à une rigidification de l’organisation du travail et à un management du zéro défaut pour lequel seul les résultats comptent », selon le médecin.

Les cadres se suicident moins

A ce jour, toutes les études réalisées sur le sujet arrivent peu ou prou à la même conclusion : si le suicide touche toutes les catégories de travailleurs, les ouvriers et employés se donnent près de trois fois plus la mort que les cadres.


Tiphaine Réto et Sébastien Tranchant © Cadremploi.fr – Publié le 12.01.09