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Un Touche-à-tout à la tête du 104

Jeudi, juin 10th, 2010

Les rumeurs ne le plaçaient pas en favori. C’est pourtant José-Manuel Gonçalves, 48 ans, qui a été nommé, hier, à une « écrasante majorité » à la tête du CentQuatre, le lieu culturel de l’Est parisien (19e). « Son projet nous a convaincu par sa part de démesure et d’utopie », s’enthousiasme Christophe Girard, adjoint (PS) de la Culture à la Mairie de Paris. Homme de terrain touche-à-tout, l’actuel directeur de la Ferme du Buisson en Seine-et-Marne (77), responsable de la société de production « Made in Productions » et président de l’école nationale du cirque de Rosny (93), entend faire du CentQuatre un lieu de coopération et d’ouverture. « J’aimerais que les gens se sentent libre de fréquenter le lieu de manière décontractée. »

Mélanger les types d’art

Au coeur de ce vaste projet, une programmation éclectique allant des arts visuels aux arts forains et de la bande dessinée au théâtre. Le tout appuyé sur des partenariats, tant avec de grands établissements parisiens, comme le théâtre de la Ville ou du Rond Point, qu’avec des associations de quartier et des établissements scolaires. « On ne va rien se refuser », promet José-Manuel Gonçalves.

Rien, ou presque. Car le nouveau directeur a également séduit par ses qualités de gestionnaire. « C’est un homme moderne qui n’a pas peur de parler d’argent », prévient Christophe Girard. Le rapport d’un ex-directeur financier du CentQuatre dénonçait un endettement de 3,25 millions d’euros en 2009. Faux, répond l’adjoint sur la base d’un audit lancé par la Mairie : « Il n’y a pas de déficit. » Un simple déficit d’intérêt qu’il appartient désormais à José-Manuel Gonçalves de combler.

Tiphaine Réto ©20minutes Rubrique Grand Paris

Portrait impressionniste de Bucarest

Jeudi, octobre 5th, 2006

Un livre qui se parcourt comme une ville. Avec, dans le dédale de ses pages, les rencontres qui vous font emprunter les grandes artères de la cité. Mirel Bran, correspondant du Point en Roumanie, dresse un portrait impressionniste de Bucarest à travers vingt-quatre témoignages.

Cinéastes, écrivains, anciens opposants au régime de Ceausescu, humanitaires, jeunes ou vieux, Roumains de coeur ou de sang, tous apportent une pierre à l’édifice. Un puzzle chamarré qui restitue la réalité d’une capitale en transit entre deux mondes.

Certains monuments, à commencer par l’ubuesque palais de la République cher au Conducator, témoignent encore de quatre décennies de totalitarisme. Mais la soif de consommation que trahissent les publicités envahissantes, la créativité qui s’exprime dans tous les domaines, l’énergie que décuple la promesse d’intégration prochaine à l’Union européenne confirment la renaissance de celle qu’on appelait il y a un siècle « le petit Paris des Balkans ».

Tiphaine RETO © Le Point

« Bucarest, le dégel », de Mirel Bran.

Dans les salles du MK2, la philo fait son cinéma

Dimanche, avril 9th, 2006

Agrégé de philosophie et passionné de cinéma, Ollivier Pourriol propose des outils philosophiques pour s’interroger sur l’image.

« Vous allez rire, mais en y regardant de plus près, Harry Potter m’a fait penser à Auguste Comte. » Sur le coup, en effet, la référence prête à sourire… Mais une samedi matin, dans une salle obscure du cinéma parisien MK2-Bibliothèque, le sourire n’est jamais innocent. Il pousse à réfléchir. Chacun opte donc pour sa méthode de pensée. Il y a ceux qui se redressent légèrement des fauteuils rouges, ceux qui lèvent leur stylo au-dessus du bloc-notes et ceux qui continuent d’arborer une mine interrogatrice. Ollivier Pourriol, maître de cérémonie, sait ménager ses effets. Quel rapport y a-t-il entre un apprenti sorcier et un philosophe confirmé ? Il n’y a guère qu’à Ciné-philo qu’on se pose ce genre de questions.

Dans le halo lumineux de son pupitre, Ollivier Pourriol n’a pas attendu les réponses. Il continue son cours. Il y en a pour tous, jeunes ou moins jeunes, rassemblés pour la matinée. Après Harry Potter, voici La Mouche, de David Cronenberg, Le Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein ou Mulholland Drive, de David Lynch. Voilà aussi Spinoza, Alain, Valéry et Walter Benjamin… Extraits d’une filmographie éclectique et réflexions philosophiques s’imbriquent et cheminent ensemble. « Il existe un lien évident entre philosophie et cinéma, explique Ollivier Pourriol. L’un comme l’autre font se lever l’automate spirituel. »

« Magie ou chirurgie du cinéma », « le film de l’inconscient », « violence du cinéma »… Depuis plus d’un mois, l’agrégé de philosophie, écrivain et ancien enseignant met donc en branle les mécanismes de la pensée au MK2-Bibliothèque. Son concept de Ciné-philo entraîne dans un voyage commun le cinéma, art populaire, et la philosophie « qui n’est pas réservée à une élite ». C’est ce mariage « sans chichi » qui a séduit Jacques, enseignant à la retraite. « Honnêtement, je suis surtout venu pour le cinéma, parce que la philo, à première vue, ça ne m’attire pas. Mais, je ne sais pas comment il fait, il arrive à rendre certains discours simples et intéressants. »

Une question d’habitude, peut-être. « Déjà quand j’enseignais en terminale, j’utilisais les films comme amorces et comme références connues pour aborder les connaissances philosophiques. » Aujourd’hui, à 35 ans, Ollivier a troqué le tableau noir pour la toile blanche. « J’aime cette idée de contemplation propre à la salle de cinéma », reprend-il. Un concept qui en surprend plus d’un. « J’aurais bien aimé pouvoir l’interroger au fur et à mesure », avoue Julie, 17 ans. Mais si Ollivier Pourriol ne répond à rien durant ses deux heures de cours, il garde, quand même, réponse à tout. « Ce que je souhaite, c’est que les spectateurs puissent partir avec de quoi penser. Et se taire, pour penser, c’est essentiel. » Plus ou moins déstabilisée par le procédé, l’assistance semble cependant conquise.

Une fois la séance achevée, dans le hall du multiplexe, l’orateur ne perd rien de sa verve. « Ca allait ? Je me sentais très fébrile… » L’homme a le tutoiement facile. « Tu sais, je ne veux faire preuve d’aucune autorité sur les gens. Je me renseigne, je me documente, mais c’est tout. Sur Gangs of New-York, par exemple, je n’ai fait qu’écoute ce que disait Scorsese. En réalité, j’essaie de comprendre le passage entre les images et leurs contenus. Comprendre comment tout ça est fait. » Et ciné-philo dans tout ça ? « Un grand hasard », résume Ollivier Pourriol, évoquant Elisha, le fils de Martin Karmitz (fondateur des complexes MK2), mais aussi un de ses anciens élèves. « C’est lui qui a entendu parler de mon projet et qui s’est arrangé pour me trouver une salle. En face de lui, la librairie du « Bibliothèque ». Il précise : « J’ai demandé à ce qu’ils mettent en rayons certains des ouvrages que je cite pour que les gens aillent les consulter. Cela rajoute un lien entre le livre et le film pour prolonger la réflexion. »

Ollivier Pourriol est avant tout un passionné. « Tous les extraits que je choisis, c’est par pur plaisir ! » A chaque conférence; il prend soin d’utiliser en partie des films nouveaux, des films qu’il ne connaît pas et qu’il prend plaisir à découvrir. « Mais, dans le fond, mon but est évident : c’est d’apprendre moi-même à faire des films. Je me crée ainsi ma propre école. » Il cite le nom de Cronenberg, comme lui amateur avant tout. Il évoque le scénario du court métrage qu’il est en train d’écrire. Il cherche à nouveau des passerelles. Des passerelles déjà franchies par ses nouveaux élèves. Jacques est définitivement revenu de ses a priori. « Je viens de ressentir des émotions proches entre le texte philosophique et l’image cinématographique. Une sorte de saveur de l’instant. » Au fait, Jacques… Le rapport entre Harry Potter et Auguste Comte ? « La magie, bien sûr. La magie du cinéma. »

Tiphaine RETO © La Croix