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« Je ne suis pas un utopiste », portrait d’un candidat aux Présidentielles

Dimanche, décembre 31st, 2006
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Il y pense aussi en se rasant… Un habitant des Mauges vient de présenter sa candidature à l’élection présidentielle. Reste à obtenir… 500 parrainages.

L’homme est rond, un brin rubicond. Petite moustache grise et lunettes fines. Un homme comme tous les autres. Père de famille, ouvrier d’entretien dans l’Éducation nationale et entraîneur de foot dans une petite commune des Mauges. Un Monsieur Tout-le-Monde, qui parle politique près du buffet breton et refonde l’État en famille. Un Français moyen, qui ne se revendique ni de gauche, ni de droite, qui a voté Chirac aux deux dernières élections. Un homme comme vous… Sauf que depuis le 12 décembre, M. Calvinhac est un autre homme. Il est devenu, à 46 ans, le candidat Calvinhac. « J’y pense depuis un an. Là, je me suis senti prêt. Il faut remettre de l’ordre dans tout ça. » Pas d’annonce tonitruante, pas de guerre intestine. Il a suffi d’une déclaration à la Préfecture pour qu’il s’accroche désormais à un rêve, celui de devenir le Président Calvinhac.

Ras-le-bol de voir les mêmes têtes se présenter

Car s’il tempère encore ses illusions en annonçant son programme à coup de « si je suis élu… », le candidat Calvinhac ne s’empêche pas de croire au « miracle » : « C’est l’année ou jamais. Les gens en ont ras-le-bol de voir toujours les mêmes têtes depuis 20 ans et de ne voir aucune promesse électorale tenue. Ce sont les petits candidats comme moi, qui peuvent créer la surprise. »

Reste encore le parcours du combattant à réaliser. À commencer par les 500 signatures de maire à récupérer. Une formalité ! « J’ai déjà présenté le programme de mon parti, Pour une nouvelle France, aux communes du coin et je pense que certains maires pourraient être intéressés. Notamment parce que je veux réinstaller une école dans tous les villages. Cela, ça leur plaira forcément. »

Sarkozy à l’Intérieur, Strauss-Khan aux Finances

Le candidat prend déjà des tics d’orateur en ponctuant ses discours par des effets de mains. Normal, puisqu’il connaît son programme sur le bout des doigts. Première mesure : « Si je suis élu, je promets de faire diminuer les salaires des hommes d’État de 50 %. »

Pas sûr que Nicolas Sarkozy, à qui il envisage de proposer le ministère de l’Intérieur et le socialiste Dominique Strauss-Kahn, qu’il verrait bien aux Finances, acceptent de participer au gouvernement… Mais peu importe : « Il faut que les politiciens redescendent sur terre et cessent de vivre dans leur monde. »

Et de poursuivre les « Si je suis élu » : « Je me servirai d’entrée de jeu du 49-3 pour imposer certaines décisions, comme la hausse du minimum vieillesse et une revalorisation des salaires à 10 %. » L’autorisation du mariage homosexuel, la création de classes pour les enfants dyslexiques, la mise en place de pistes cyclables dans les villes ou une réforme de la magistrature… Les promesses, en vrac, ne manquent pas pour étoffer le programme.

« Je ne suis pas un utopiste, se défend M. Calvinhac. Je suis un homme d’action qui veut simplement changer tout ça. » On pourrait bien être 62 millions à se porter candidat.

Tiphaine RÉTO © Ouest France

La Colline, un océan urbain dans un océan de vies

Jeudi, novembre 30th, 2006
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14 novembre à la Colline : un père retient sa fille en otage. Mais la Colline, ce n’est pas que du fait divers. Retour sur un quartier où l’on vit.

La Colline. Un îlot de six tours dans l’ensemble de la Girardière. Une presqu’île, coincée entre deux supermarchés qui surplombe l’entrée de Cholet. Une enclave en hauteur. Un quartier, où l’on vit, on rit et on pleure. Comme partout. Ce mercredi-là, il se réveille dans un murmure. La veille, un homme a retenu sa petite fille en otage, entraînant l’intervention du GIPN. « Des gens qui pètent les plombs, de toute façon, y en a partout. »Alors, si on parle des événements de ce 14 novembre, on ne s’y attarde pas. Il y a les poubelles à descendre. Les courses à faire. Le petit frère à aller chercher à l’école. Et puis, « on ne parle de la Colline que lorsqu’il y a des faits divers », se désolent Jean-Claude Rabault et Claire Pithon, du centre social Horizon. Ils ajoutent : « Le quartier traîne une image très négative, alors qu’en réalité la vie s’y est améliorée. »

Même vision des choses pour Freddy Brieau, gardien des tours B, E et F : « C’est l’effet « tour ». Tout de suite, on pense à la banlieue… Mais ça n’a rien à voir ». Il constate : « Quand je suis arrivé, il y a deux ans, tout le monde m’a dit que c’était un quartier difficile, avec des squats et du trafic. Mais la police a fait une grosse descente juste avant mon emménagement. Depuis, c’est plutôt calme ».

Jouer sur la mixité sociale

Un reste de poubelle calcinée jonche le sol, allée des Pinsons. La Girardière est encore considérée comme Zone urbaine sensible, selon les critères de la politique de la ville. La plus faible des trois catégories de quartiers subventionnés. « Et ce n’est pas forcément dans les quartiers dits « sensibles », que les chiffres de la délinquance sont les plus forts », prévient le commissaire Miziniac.

Sur la porte d’entrée d’un des halls jaunes et gris, une vitre arbore ses fissures étoilées. « Avant je devais changer une vitre tous les 15 jours. Aujourd’hui, c’est à peine une par mois. » Le gardien ne s’en offusque pas : « Il y a beaucoup de passage dans les tours. Et surtout beaucoup d’enfants. C’est normal qu’il y ait des dégradations et du bruit ».

« C’est vrai que le quartier a ses spécificités, reprend Claire Pithon. Les logements sont les moins chers de Cholet. Il y a donc une concentration de personnes avec de petits moyens. » Près de 2000 habitants, selon un extrait du bilan 2006 de la politique de la Ville, regroupés sur 779 logements, vivent dans l’ensemble Colline-Villeneuve. Des familles nombreuses, des familles monoparentales… Mais aussi, et de plus en plus, des personnes seules, sans emplois ou des étudiants.

La recrudescence de ces « célibataires » a amené Sèvre-Loire-Habitat à réaménager certains T5 en studios. « Ça permet aussi de jouer sur la mixité sociale », affirme Freddy Brieau. Mais le concierge n’est pas encore persuadé de la réussite de cette mixité. « Le problème, c’est que personne ne communique. Les conflits de voisinage sont nombreux parce que les gens n’ont pas l’idée, ou pas l’envie, d’aller voir les locataires du dessus pour leur dire de faire moins de bruit. Chacun vit chez soi, sans se parler. »

Difficile de créer une vie de quartier

Le constat est le même au centre social. « Il y a de grandes détresses, mais personne ne peut le voir. » Pour amener les habitants à se rencontrer, Horizon a fait venir une troupe de théâtre pour organiser des rencontres festives autour de la vie de quartier (Ouest-France des 29 septembre et 2 octobre). Un appartement a également été mis à disposition pour créer un lieu d’accueil et d’échanges au sein des tours. Mais peu font la démarche d’y venir. « Comme partout en France, il y a ici un individualisme présent. D’autant plus, peut-être, que beaucoup d’habitants ne sont là que pour la semaine. Ils viennent travailler ou étudier à Cholet et s’en vont le week-end. C’est donc dur de créer une synergie de quartier. »

Mais est-ce difficile de vivre à la Colline ? Pas tant que ça. D’après une étude réalisée par le bailleur social Sèvre-Loire-Habitat, la majorité des gens sont satisfaits d’habiter dans l’îlot. Un tiers y vit moins de trois ans et ne voit dans le logement HLM qu’une transition pour l’accession au logement particulier. Mais un tiers y vit depuis plus de sept ans et ne pense pas à changer de quartier. « Il y a un réel sentiment d’appartenance au quartier, reprend Jean-Claude Rabault, directeur du centre social. Surtout chez les jeunes. Ils ne se disent pas de Cholet. Ils se disent de «la Colline».»

Wassila, mère de trois enfants, s’apprête, elle, à déménager. Pour aller où ? « Dans la même tour. Mais à un autre étage. On va passer d’un T3 à un T4. » Le quartier lui plaît. « Il y a tout à proximité. L’école, le supermarché, l’hôpital et les bus pour aller dans le centre. » « Les gens sont critiques, affirment en coeur les travailleurs du quartier. Mais ils ne changeraient pas de lieu de vie. »

Tiphaine RÉTO © Ouest France

ECLAIRAGE 1.

« Où trouver une aussi belle vue ? »

« Ça fait 25 ans que j’habite à la Colline et je n’ai certainement pas envie de changer ! » Madame Hérault reçoit en toute simplicité dans son grand T5 de la Tour B. « Ah non ! Il n’y a plus de lettres pour différencier les tours. Ils nous ont mis des noms de rue. Mais bon… Entre nous, on n’a pas changé nos habitudes de langage. »

Madame Hérault vit seule désormais. Ses quatre enfants sont grands. Son mari est décédé durant l’été. Ses habitudes sont restées. « Je vais chercher le courrier. Je discute un peu avec les voisins. Il y a toujours quelqu’un avec qui causer. On se dit bonjour, on parle un peu du temps… Mais ça s’arrête souvent là. Comme ça, on est sûr qu’il n’y a pas d’histoires. »Depuis son arrivée, elle a vu le quartier évoluer. « On ne peut pas non plus dire qu’il y ait eu beaucoup de changements. Et puis, vous savez, ça ne sert à rien de toujours dire « De mon temps… ». Mieux vaut vivre avec le présent. » C’est dans sa tour, pourtant, que de nouveaux logements, plus petits, plus à même de recevoir des personnes seules, ont été habilités. « C’est parce qu’il y a plus de jeunes à venir vivre ici. Ils n’ont pas besoin d’appartements familiaux. »

« Mélange de générations »

La jeunesse, c’est aussi ce qu’apprécie Mme Hérault, à la Colline. « C’est agréable de voir ce mélange de générations. Je n’aimerais pas vivre avec une seule tranche d’âge. » Les groupes de jeunes qui occupent les halls d’immeubles à la nuit tombée ne lui font pas peur. « Je n’ai jamais eu d’histoire avec eux. Ils nous connaissent et nous saluent. C’est tout. »

Elle s’avance de la grande baie vitrée. « Ça, c’est ce que j’aime. Regardez ! De ce côté-ci, j’ai une belle vue sur la campagne. » Elle revient dans le salon, emprunte un couloir aux murs tapissés à la mode des années 70, rentre dans une des trois chambres : « Et de ce côté-ci : j’ai une vue magnifique sur la ville ! » Brico-dépôt en premier plan, puis un océan urbain d’où émerge le clocher de Saint-Pierre. Elle revient à la première vue. « Celle-là, c’est quand même ma préférée : le soir, je peux regarder les lumières sur l’express, je vois s’il y a du trafic sur la route de Mortagne ou sur la route de la Vendée… J’observe. C’est tellement beau. » Elle se retourne : « Alors, dites-moi, sincèrement : où est-ce que je pourrais avoir une aussi belle vue ? »

ECLAIRAGE 2.

« Le seul endroit où l’on peut se payer un loyer »

Sur le pas de la porte, les murs jaunes du hall sont recouverts de portraits aux regards ténébreux. Chanteurs et comédiens aux visages d’ange vous accueillent. Le rire et la bonne humeur aussi. Frédérique est tranquille pour l’après-midi. Sa petite dernière, Lou, 2 ans et pleine d’énergie, est à la garderie. « Ben voilà ! C’est chez moi. » 6e étage. Un T4 qui donne une impression d’immensité. Mais en regardant la galerie de portraits sur les murs du salon, on devine que l’endroit doit paraître petit lorsque toute la tribu est au complet. « Six enfants et bientôt quatre petits-enfants », annonce fièrement Frédérique. Tous habitent la Colline. Depuis longtemps. « Je suis arrivée ici en août 1989, reprend la petite femme au rire rauque. J’habitais chez mes parents avec mes trois premiers enfants. Je venais de me séparer de mon mari, j’avais plein de dettes. On m’a proposé un appartement ici. Je suis venue. »

« On a tout à proximité »

La porte d’entrée s’ouvre. Céline, 26 ans, l’aînée de la famille, vient rendre visite à sa mère. Delphine, 23 ans, vient aussi se joindre à la conversation. « On s’est plu tout de suite, ici, reprend Frédérique. D’abord parce que je n’étais pas loin de chez mes parents et puis on a tout à proximité : l’école, l’hôpital et les supermarchés. »

En direction de Céline : « Et vous aussi ça vous a plu, non ? » La jeune fille a emménagé à l’étage au-dessus, à la naissance de sa fille. Plus pour des raisons pratiques que par choix : « Je ne pouvais plus vivre chez ma mère. Mais comme maman travaillait, il fallait aussi que je garde ma petite soeur. Le plus simple, c’était de rester dans le quartier.»

Parfois, Frédérique aimerait déménager. Elle convoite déjà un appartement plus grand. Dans la même tour. « Ce que je voudrais, en réalité, c’est changer de quartier. Ici, c’est pas toujours drôle… » Puis résignée, mais toujours joviale. « En fait, c’est impossible de partir. La Colline, c’est le seul endroit où je peux payer le loyer. »

Voir la page : Colline.pdf