Excision, le grand recul
Excision
Nafissatou Bâ a été envoyée au village de Diam Codé en 2007 par l’ONG Tostan.
Excisée à 6 ans, mariée à 13 ans, mère à 14, elle a aujourd’hui 4 enfants. Elle se bat pour le droit des femmes depuis 1991.Depuis son arrivée à Diam Codé elle anime des « causeries » une fois par semaine avec les enfants, les femmes et les hommes du village sur des thèmes variés : éducation, hygiène, assainissement, droit humain… C’est ainsi qu’elle a pu sensibiliser la population aux problèmes de l’excision.
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Les femmes ont tout de suite adhéré au programme. Les images, supports pédagogiques des causeries, ont permis « de briser les tabous et de faire ressortir les souffrances de chacune », rapporte la facilitatrice.
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Les hommes quant à eux sont venus plus tard, assurant que les travaux champêtres leur prenaient tout leur temps. Mais ils ont fini par rejoindre leurs épouses, intrigués par la naissance de nouvelles ambitions.
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« Très rapidement après les premières réunions, le rapport qui s’était installé entre moi et les villageois a changé. Hommes et femmes se sont mis à poser des questions, s’interrogeant par exemple sur l’impact de l’excision lors de l’accouchement », note Nafissatou Bâ.
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Les fillettes de Diam Codé ne seront plus excisées. Leurs mères, soutenues par le chef et l'imam du village, ont décrété arrêter la pratique de l'excision.
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Comme ses sœurs, Manga aurait pu rejoindre la Gambie pour être "coupée" par l’exciseuse familiale. « Lorsqu’il était temps, se souvient Dijba Dem, sa grand-mère, nous nous cotisions à plusieurs familles des alentours, installions nos filles dans une charrette et filions à la frontière. Le voyage durait une semaine tout au plus. »
Escision
Les villageois, une fois sensibilisés deviennent des facilitateurs en puissance. C'est ainsi que, petit à petit, les femmes peuvent elles aussi prétendre aux mêmes droits que les hommes.
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Après deux ans de réflexion, les habitants de Diam Codé ont choisi d'abandonner l'excision pour leurs filles et petites-filles. L’annonce publique a eu lieu le week-end du 14-15 novembre 2009.
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Au Sénégal les 5000 communautés qui pratiquaient l’excision ont presque toutes été sensibilisées aux problèmes sanitaires que les mutilations génitales impliquent sur la santé.
20091114-15''-imam Diam Codé
Oumar Ba, imam du village de Diam Code.
"Si l'excision était vraiment recommandée par la religion, aucun gouvernement ni aucune ONG n'auraient pu réussir a venir a bout de cette pratique."
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Depuis 12 ans que les déclarations publiques d’abandon de l’excision ont lieu au Sénégal, 70 à 75 % des communautés concernées par la pratique cessent effectivement les mutilations génitales féminines dans les villages accompagnés par l'ONG Tostan.
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Mamadou Ba, chef du village de Diam Codé. "Nos ancêtres qui excisaient leurs filles n’ont jamais pris conscience des dangers de cette pratique. Aujourd’hui que nous les connaissons, nous n’avons pas d’autre choix que d’arrêter pour le bien-être de nos femmes."
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Chaque déclaration est une fête assez médiatisée. Une journée spéciale, devançant la déclaration proprement dite, est même prévue pour accueillir la presse. Venus notamment de Dakar (à 6 heures de piste difficilement carrossable) les journalistes ne ratent jamais une occasion de relayer l’évènement dans leurs supports respectifs.
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Le jour de la déclaration, tous les villages environnants sont invités à la fête. Un moyen utilisé pour faire tâche d'huile et éveiller les consciences des communautés environnantes.
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C'est à Malicounda, un village de la région de Thiès, qu'a eu lieu la première déclaration d'abandon de l'excision en 1997. Depuis, les femmes de Malicounda essaient d'être présentes pour soutenir les nouvelles déclarations.
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Même si l'excision est une affaire de femmes, les origines de sa pratique et son maintien restent largement une histoire d'hommes.
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Malgré tout, les résistances persistent et certaines femmes sont parfois isolées pour leurs choix en opposition à la tradition.
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"Quand j'ai cessé d'exciser, je me suis vite retrouvée sans argent. L'argent, le savon et le sucre que me donnaient les mères pour couper leurs filles étaient mes seuls moyens de subsistance", raconte Oureye Salle. L'ancienne exciseuse a pourtant décider de mettre son énergie à expliquer les risques des excisions.
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Demba Diawara, imam et chef du village de Ker Simba dans la région de Malicounda. "Lorsque les villageoises de Malicounda ont prêté serment, en 1997, j’ai d’abord refusé de les suivre. Il me fallait parler avec les membres de ma communauté pour décider."
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Mouminatou, Serekunda (Gambie). "Une fille qui n’est pas excisée n’est pas respectée. On ne boit pas l’eau qu’elle apporte, on ne mange pas les repas qu’elle prépare, on ne lui trouve pas de maris."
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La pratique ou non de l'excision et le cérémonnial qui l'entoure varie d'une ethnie a l'autre.
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Kadikou, exciseuse gambienne.
"Les femmes d'aujourd'hui n'ont plus de valeurs, elles perdent leur culture a cause de l'abandon de l'excision."
Un village de brousse au cœur du Sénégal, samedi 21 novembre 2009.
Les femmes de Diam Codé sont à l’honneur ce week-end. Sourires aux lèvres, elles chantent leur libération et celle de leurs filles. Elles entourent le chef du village qui, soutenu par les imams et maris, s’apprête à déclarer publiquement abandonner l’excision dans son village. Il rejoint ainsi les 4 121 communautés qui ont déjà signé leur engagement.
Au Sénégal, depuis 1999, date de la promulgation de la loi interdisant les mutilations génitales féminines, la pratique de l’excision tend à disparaître. Le mouvement*, initié par l’ONG Tostan, est allé au-delà de toute espérance. Même si certaines poches de résistances persistent (dans le nord, en Casamance et au sein des diasporas) le nombre de cas de femmes excisées chute visiblement au Sénégal, et depuis peu, dans les pays voisins. En Gambie par exemple, la première déclaration publique d’abandon s’est déroulée en juin 2009.
* L’événement qui a officiellement mis le feu aux poudres date de 1997. C’était une initiative locale de quelques figures du village de Malicounda (région de Thiès à une heure de Dakar).
Reportage réalisé en collaboration avec Delphine Barrais.