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Les bronzés sont-ils des drogués ?

Mercredi, novembre 10th, 2010

La fréquentation des cabines à UV rend-elle accro ? C’est ce qu’avance une étude du Memorial Sloane-Kettering Cancer Center et de l’université d’Albany. L’enquête s’est intéressée à 421 étudiants, dont plus de la moitié aurait utilisé les UV artificiels dans l’année. Passés aux cribles d’un questionnaire utilisé pour le dépistage des addictions au tabac et à l’alcool, plus de 30 % d’entre eux ont révélé des signes d’accoutumance. 78 % auraient même tenté d’arrêter les séances d’UV. Sans succès.

Les résultats font sourire Marc Boutet, président du Syndicat National des Professionnels du Bronzage en Cabine (SNPBC): « La moitié des étudiants fréquentaient des cabines ? La moyenne se situe habituellement à 10 %. En France, ce n’est que 8 % de la population ». Pourtant, la dépendance aux UV existe. Elle porte même un nom : la tanorexie. « Elle serait causée par la libération d’endorphines sécrétées lors d’une exposition aux ultra-violets, explique William Lowenstein, médecin spécialiste des addictions. Le corps s’y accoutumerait et réclamerait sa dose. »

L’effet endorphine est connu des professionnels du bronzage : « C’est ce qui donne une sensation de bien-être, reprend Marc Boutet. Mais de là à rendre accro aux cabines… » En France, la législation limite la pratique des UV artificiels de 30 à 60 séances par an. Selon le SNPBC, les utilisateurs s’y rendent en moyenne pour 10 à 15 séances annuelles. « Mais comme pour toute addiction, souligne le docteur Lowenstein, certains vont se limiter à un usage raisonnable, d’autres vont abuser. »

Tiphaine Réto © France Soir

Patrick Moureaux, dermatologue

« Le soleil est à la peau ce que le tabac est aux poumons »

Peut-on être dépendant des UV comme du tabac ?

A la différence de l’addiction chimique au tabac, la dépendance au soleil relève d’une addiction comportementale, telle que celle du jeu. Mais les schémas d’accoutumance sont tous les mêmes : une recherche de plaisir et de bien-être, qui mène à un excès d’exposition, qui lui même conduit à la dépendance. Même consciente des risques de cancer, la personne continue à s’exposer. Au moment où la sensation de bien-être disparaît, elle sombre dans un état de manque. Elle devient anxieuse et agitée. Il lui faut renouveler sa dose. Le soleil est à la peau ce que le tabac est aux poumons.

Qui sont les plus touchés ?

Plusieurs éléments favorisent l’addiction : un facteur familial, un facteur sociologique associant teint hâlé et beauté ; et enfin, un facteur environnemental. On observe plus d’addictions dans les régions où la température est clémente et où les activités ludiques d’extérieur sont faciles. Les UV artificiels ne sont pas seuls responsables de l’addiction.

Comment sortir de cette addiction ?

Il faut rompre avec ses habitudes. On trouve des compensations plaisantes pour remplacer ses rituels quotidiens. A la place d’une séance de bronzage, on propose un cours de sport ou de maquillage… jusqu’à ce que la personne se « déshabitue » du soleil. C’est un long chemin. Les tanorexiques connaissent les effets des UV sur le développement de cancer, mais un discours mettant en évidence le risque d’un vieillissement accéléré de la peau est plus porteur pour les faire décrocher.